{"id":53,"date":"2002-09-25T16:39:01","date_gmt":"2002-09-25T15:39:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=53"},"modified":"2012-05-23T15:18:15","modified_gmt":"2012-05-23T14:18:15","slug":"le-dojo-un-espace-sacre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=53","title":{"rendered":"Le d\u014dj\u014d, un espace sacr\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_54\" aria-describedby=\"caption-attachment-54\" style=\"width: 220px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/dojo.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"54\" data-permalink=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?attachment_id=54\" data-orig-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/dojo.gif\" data-orig-size=\"220,432\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;}\" data-image-title=\"Calligraphie des caract\u00e8res composant le terme Dojo\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Calligraphie des caract\u00e8res composant le terme Dojo&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/dojo-152x300.gif\" data-large-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/dojo.gif\" class=\"size-full wp-image-54\" title=\"Calligraphie des caract\u00e8res composant le terme Dojo\" src=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/04\/dojo.gif\" alt=\"Calligraphie des caract\u00e8res composant le terme Dojo\" width=\"220\" height=\"432\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-54\" class=\"wp-caption-text\">Calligraphie des caract\u00e8res composant le terme Dojo<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>On entend souvent dire, pour expliquer l&rsquo;\u00e9tiquette, que le dojo est un espace sacr\u00e9. Cette affirmation est surprenante: en quoi une salle de sport deviendrait-elle brusquement sacr\u00e9e ? Pourtant, cette r\u00e9ponse est juste. Si elle n&rsquo;est pas toujours compr\u00e9hensible, c&rsquo;est qu&rsquo;elle fait appel \u00e0 une notion de\u00a0<em>sacr\u00e9<\/em>\u00a0qui est bien \u00e9loign\u00e9e de la notre. Cet article vise \u00e0 la comprendre, afin de voir en quoi l&rsquo;\u00e9tiquette et le c\u00e9r\u00e9monial peuvent devenir des actes parfaitement naturels. L&rsquo;enjeu est de taille. Sans cette id\u00e9e, l&rsquo;art martial n&rsquo;est qu&rsquo;un sport de combat.<\/strong><\/p>\n<h2>Les religions au Japon<\/h2>\n<p>Pour un esprit occidental, form\u00e9 aux religions monoth\u00e9istes, la vie religieuse des Japonais est assez d\u00e9routante. Elle est marqu\u00e9e par de \u00e9l\u00e9ments absents des religions occidentales: la proximit\u00e9 du sacr\u00e9, et le syncr\u00e9tisme.<\/p>\n<h3>Un sacr\u00e9 \u00e0 port\u00e9e de main<\/h3>\n<p>Pour les Japonais, les puissances transcendantes n&rsquo;ont pas l&rsquo;\u00e9loignement du Dieu Ouranien (Ouranien: li\u00e9 \u00e0 une puissance c\u00e9leste, comme il est indique dans \u00abNotre P\u00e8re qui \u00eates aux cieux\u00bb. on oppose souvent cette notion \u00e0 celle de divinit\u00e9s\u00a0<em>chtoniennes<\/em>, associ\u00e9es \u00e0 la Terre-m\u00e8re), mais sont au contraire tr\u00e8s proches. Cela est particuli\u00e8rement vrai du\u00a0<em>Shinto<\/em>, la religion autochtone du Japon (litt. \u00abVoie des Dieux\u00bb). Cette religion constitue un exemple unique d&rsquo;animisme moderne. L&rsquo;adepte du Shinto, et la plupart des Japonais le sont \u00e0 un degr\u00e9 ou un autre, partage le monde quotidien avec quantit\u00e9 d&rsquo;esprits, puissances mineures de la nature, esprits des anc\u00eatres, du lieu, etc., \u00e0 qui il va demander un service en \u00e9change d&rsquo;offrandes. On aurait tort de voir l\u00e0 de simples superstitions. Les Japonais trouvent un grand apaisement dans l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il existe des puissances faisant \u00e9chapper le cours des choses au pur jeu des lois de la science et du hasard. Les esprits du Shinto, les\u00a0<em>kamis<\/em>, sont ainsi pr\u00e9sent partout, dans chaque site auquel s&rsquo;attache une histoire, un \u00e9v\u00e9nement, ou une tradition. Les quartiers anciens (et beaucoup de modernes) ont leurs\u00a0<em>kami<\/em>. Le\u00a0<em>kami<\/em>\u00a0de l&rsquo;A\u00efkido a d&rsquo;ailleurs son sanctuaire \u00e0 Iwama. Autant dire que les Japonais vivent en contact quotidien avec le sacr\u00e9. Passant devant un petit temple juste avant un d\u00eener d&rsquo;affaires, ils s&rsquo;y arr\u00eateront quelques instants pour demander le succ\u00e8s de leurs n\u00e9gociations. Cette proximit\u00e9 de l&rsquo;espace sacr\u00e9 est \u00e9galement vraie en ce qui concerne le Bouddhisme. Comme dans le cas du Christianisme, le Bouddha est g\u00e9n\u00e9ralement repr\u00e9sent\u00e9 avec des traits proches de ceux du peuple du sculpteur. Ainsi, les Bouddhas japonais ont l&rsquo;air japonais, tout comme les Christs du nord de l&rsquo;Europe sont souvent blonds. Proximit\u00e9 ethnique, donc, mais cette proximit\u00e9 est fond\u00e9e sur le fait que le Bouddha n&rsquo;est pas divin au sens o\u00f9 l&rsquo;entendent les Occidentaux. C&rsquo;est simplement un homme qui a trouv\u00e9 une voie vers l&rsquo;Illumination, et qui a essay\u00e9 d&rsquo;apprendre aux autres comment en faire autant. Un homme, rien de plus, dont la pens\u00e9e \u00e0 \u00e9t\u00e9 relay\u00e9e par d&rsquo;autres hommes qui ont trouv\u00e9 un chemin similaire, fondateurs des diff\u00e9rentes \u00absectes\u00bb (on parlerait en Europe de \u00abcourants\u00bb), ce qui diminue l&rsquo;effet de l&rsquo;\u00e9loignement historique.<\/p>\n<h3>Syncr\u00e9tismes<\/h3>\n<p>Parlant des religions au Japon, il faut garder \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;elles sont remarquablement tol\u00e9rantes. Le Shinto s&rsquo;accommode tr\u00e8s bien des sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques du Bouddhisme, lequel affirme n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un chemin vers l&rsquo;Illumination parmi l&rsquo;infinit\u00e9 des chemins possibles. Aucune de ces deux religions ne se targue de d\u00e9tenir le monopole de la v\u00e9rit\u00e9 sur le monde spirituel. C&rsquo;est pourquoi on peut parfaitement \u00eatre \u00e0 la fois shinto et bouddhiste, et que la plupart des Japonais le sont, au point que la distinction entre d&rsquo;anciennes divinit\u00e9s shinto et les boddhisatva (assistants du Bouddha) est bien souvent sans objet. La tol\u00e9rance de ces deux religions et l&rsquo;accent port\u00e9 sur les exercices spirituels font que la notion de\u00a0<em>foi<\/em>\u00a0est bien moins importante que dans les religions monoth\u00e9istes. On pourrait m&rsquo;objecter que les chr\u00e9tiens ont \u00e9t\u00e9 bannis, massacr\u00e9s et interdits du d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle \u00e0 la fin du XIXe. C&rsquo;est vrai, mais cette interdiction ne reposait pas sur une querelle de religion. Bien qu&rsquo;irrit\u00e9s par l&rsquo;intol\u00e9rance des \u00e9vang\u00e9lisateurs et leur manque de respect pour les anc\u00eatres (non baptis\u00e9s, donc vou\u00e9s aux flammes au moins jusqu&rsquo;au Jugement dernier), les Japonais \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 les tol\u00e9rer. C&rsquo;est la puissance politique acquise par les seigneurs christianis\u00e9s, dont les arquebuses europ\u00e9ennes modifiaient totalement l&rsquo;\u00e9quilibre strat\u00e9gique, qui a provoqu\u00e9 cette r\u00e9pression. Ces deux caract\u00e9ristiques de la religiosit\u00e9 japonaise, une religiosit\u00e9 flottante et ouverte, font que l&rsquo;importance accord\u00e9e \u00e0 la\u00a0<em>croyance<\/em>est faible. La plupart de Japonais accomplissent les rituels non pas par foi positive, mais parce que cela ne peut pas faire de mal de se pr\u00e9munir, et que ces rituels leur apportent un apaisement certain. c&rsquo;est avec cet esprit qu&rsquo;il faut sans doute envisager le caract\u00e8re sacr\u00e9 du Dojo, et prendre un peu de distance vis-\u00e0-vis de ce que l&rsquo;\u00e9tiquette peut avoir d&rsquo;\u00e9trange pour un occidental.<\/p>\n<h2>Le Profane et le sacr\u00e9<\/h2>\n<p>Je suis souvent surpris que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tonne \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que le Dojo est un espace sacr\u00e9. Les espaces sacr\u00e9s abondent en Europe, et il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00eatre croyant pour leur reconna\u00eetre ce caract\u00e8re: dans une \u00e9glise, tout le monde baisse la voix. Alors, pourquoi cet \u00e9tonnement ? C&rsquo;est sans doute qu&rsquo;avec la diminution de l&rsquo;influence de la religion dans la vie quotidienne, il s&rsquo;est mis en place une distinction forte entre le profane et le sacr\u00e9, ce dernier \u00e9tant d&rsquo;autant plus fort qu&rsquo;il se trouvait cantonn\u00e9 en quelques lieux exceptionnels. Ce probl\u00e8me ne se pose pas aux Japonais, qui cotoient le sacr\u00e9 quotidiennement. De ce fait, leur conception du sacr\u00e9 est moins proche de la notre. Pour un Japonais, est sacr\u00e9 tout ce qui suscite l&rsquo;id\u00e9e de puret\u00e9, le respect ou l&rsquo;admiration. Ainsi une source est\u00a0<em>kami<\/em>\u00a0en raison de sa puret\u00e9, les anc\u00eatres le sont en raison du respect qu&rsquo;on doit \u00e0 ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s, les grands artistes, artisans, l&rsquo;Empereur sont\u00a0<em>kami<\/em>\u00a0en raison de leur r\u00f4le de mod\u00e8le. Le sacr\u00e9 est donc partout: les montagnes, les rivi\u00e8res, les temples, etc. Le Dojo est un espace sacr\u00e9 dans ce premier sens. Litt\u00e9ralement, le Dojo est \u00able lieu o\u00f9 l&rsquo;on cherche la Voie\u00bb (on a vu qu&rsquo;au sens de Bouddhisme, les Voies \u00e9taient innombrables, et mutuellement non exclusives). Il se doit donc d&rsquo;\u00eatre un lieu de puret\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;on va essayer de se purifier soi-m\u00eame par la pratique. Il est un espace qui inspire le respect, celui que l&rsquo;on doit au professeur, aux pratiquants plus anciens, et \u00e0 ceux qui pratiquent depuis moins longtemps que nous, et dont nous sommes responsables. C&rsquo;est \u00e9galement un lieu li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;admiration, l&rsquo;admiration pour un homme qui a pass\u00e9 sa vie \u00e0 mettre au point un art martial et \u00e0 le rendre accessible \u00e0 tous. Point de v\u00e9n\u00e9ration ni de culte de la personnalit\u00e9 l\u00e0-dedans. Les pratiquants les plus anciens aiment \u00e0 rappeller que le fondateur de l&rsquo;A\u00efkido n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un homme, qui nous a propos\u00e9 de suivre le chemin qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9. Le salut au\u00a0<em>kamiza<\/em>, o\u00f9 figure g\u00e9n\u00e9ralement son portrait, n&rsquo;est donc pas un acte de soumission, mais de remerciement pour avoir cr\u00e9e l&rsquo;A\u00efkido. Je me permets d&rsquo;ajouter que ce type de salut \u00e0 genoux est quotidiennement pratiqu\u00e9 par les Japonais, au grand embarras du touriste occidental. C&rsquo;est donc au titre de cette notion de sacralit\u00e9, fond\u00e9e sur la puret\u00e9, le respect et l&rsquo;admiration, que s&rsquo;expliquent les saluts au Dojo, au tapis et au\u00a0<em>kamiza<\/em>. On pourrait, \u00e0 mon sens, en rester l\u00e0, d\u00e8s lors que l&rsquo;on accepte que l&rsquo;A\u00efkido n&rsquo;est pas un simple sport, mais que sa pratique s&rsquo;accompagne d&rsquo;un engagement moral \u00e0 ne l&rsquo;utiliser qu&rsquo;\u00e0 bon escient. Cependant, il existe un autre aspect selon lequel le Dojo est sacr\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e que le Dojo constitue un espace d&rsquo;exception, o\u00f9 les r\u00e8gles de la vie sociale sont suspendues.<\/p>\n<h2>Sacr\u00e9 et soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<p>Pour les Japonais, il n&rsquo;existe pas de distinction pertinente entre l&rsquo;ordre de la nature et l&rsquo;ordre de la soci\u00e9t\u00e9, le second \u00e9tant simplement inclus dans le premier. De l\u00e0 vient sans doute le poids que les Occidentaux aiment \u00e0 souligner des traditions, de la hi\u00e9rarchie sociale et des normes. La pr\u00e9sence en fond de l&rsquo;\u00e9thique confuc\u00e9enne, qui veut que l&rsquo;homme ne perturbe pas l&rsquo;ordre des choses en tentant de sortir de sa juste place dans la soci\u00e9t\u00e9 y est pour beaucoup. Cependant, cette caract\u00e9ristique n&rsquo;est pas propre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 japonaise. Les travaux des sociologues montrent que ce type de poids est certes moins visible, mais tout aussi puissant en Europe. La sp\u00e9cificit\u00e9 japonaise est de consid\u00e9rer que les r\u00e8gles sociales sont \u00e9quivalentes aux lois de la nature. En Europe, l&rsquo;ordre social est vu comme appartenant \u00e0 un plan diff\u00e9rent des lois physiques. Examinons maintenant le dojo sous cet angle. Si les r\u00e8gles sociales sont si importantes, presqu&rsquo;aussi in\u00e9luctables que les lois de la nature, comment envisager un lieu o\u00f9 ces lois sont suspendues ? En effet, les distinctions sociales sont fond\u00e9es sur la caste, la classe, la richesse, l&rsquo;anciennet\u00e9 et le savoir. Dans un dojo, cet ordre est invers\u00e9. Il n&rsquo;y a pas de caste, tout le monde y rev\u00eatant l&rsquo;habit du samoura\u00ef. il n&rsquo;y a pas plus de classe, et la richesse n&rsquo;est pas cens\u00e9e s&rsquo;y montrer (les<em>keikogis<\/em>\u00a0sont suppos\u00e9s \u00eatre vierges de toute marque distinctive, hormis le nom de leur propri\u00e9taire discr\u00e8tement brod\u00e9 sur le\u00a0<em>hakama<\/em>). Les pratiquants se rangent ainsi par ordre d&rsquo;anciennet\u00e9 (dans la pratique et le dojo) et de savoir (par ordre de grade). C&rsquo;est ainsi que le jeune deuxi\u00e8me dan se trouvera assis \u00e0 une place plus honorifique qu&rsquo;un homme plus \u00e2g\u00e9 auquel il aurait en d&rsquo;autres lieux c\u00e9d\u00e9 la place. Plus fondamentalement, l&rsquo;ordre social est fond\u00e9 sur une restriction tr\u00e8s stricte de l&rsquo;usage de la violence. Historiquement, l&rsquo;usage de la violence contre d&rsquo;autres \u00eatres humains a rapidement \u00e9t\u00e9 le monopole de castes (nobles), de professions (soldats, mercenaires) ou d&rsquo;institutions (l&rsquo;\u00c9tat), usage encadr\u00e9 par des r\u00e8gles strictes (code de l&rsquo;honneur, lois et accords). Or, le dojo d&rsquo;arts martiaux est un lieu o\u00f9 cette prohibition fondamentale est en partie lev\u00e9e, puisqu&rsquo;il va s&rsquo;agir de s&rsquo;attaquer et de se d\u00e9fendre mutuellement. Cette suspension des r\u00e8gles sociales est le plus souvent accept\u00e9e instinctivement. Le contact physique qu&rsquo;imposent les techniques ne serait pas souvent tol\u00e9r\u00e9 hors du dojo. Or, dans celui-ci, on s&rsquo;attrappe, se tire, se projette sans arri\u00e8re-pens\u00e9es. Enfin, le dojo est le lieu d&rsquo;un accord implicite fort. Pratiquer implique de se mettre \u00e0 la merci d&rsquo;autrui. Les techniques sont dangereuses, et les attaques aussi. Le partenaire, quel que soit son r\u00f4le, a tr\u00e8s souvent la possibilit\u00e9 de nous blesser. Il existe donc dans le dojo un engagement \u00e0 ne pas blesser, contrepartie d&rsquo;un engagement r\u00e9ciproque, ce qui permet de g\u00e9rer une situation potientiellemnt dangereuse pour les deux partenaires (que penseriez-vous si quelqu&rsquo;un vous saisissait brusquement le poignet dans la rue ?). Le plus souvent, ces trois aspects sont implicitement accept\u00e9s. Or, l&rsquo;\u00e9tiquette, qui parfois pose probl\u00e8me, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une formalisation de l&rsquo;acceptation de cette suspension des r\u00e8gles de la vie sociale habituelle. Et pour un Japonais, cette suspension a aussi un caract\u00e8re sacr\u00e9. Comment consid\u00e9rer autrement un lieu ou des lois \u00e9quivalentes \u00e0 celles de la nature se trouvent suspendues ? Le Dojo est donc sacr\u00e9 aussi pour toutes les raisons que donne ce paragraphe.<\/p>\n<h2>Conclusion: l&rsquo;\u00e9tiquette et le sacr\u00e9<\/h2>\n<p>On voit donc que dans l&rsquo;esprit de la culture japonaise, le dojo est un espace doublement sacr\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas g\u00eanant, puisque c&rsquo;est avec beaucoup de naturel que les Japonais c\u00f4toient le sacr\u00e9. L&rsquo;\u00e9tiquette et le c\u00e9r\u00e9monial leur semblent absolument naturels. On peut comprendre qu&rsquo;il n&rsquo;en aille pas de m\u00eame pour un Occidental. Personnellement, cela ne me g\u00eane pas d&rsquo;adopter une \u00e9tiquette japonaise \u00e0 partir du moment o\u00f9 je pratique un art martial japonais. L&rsquo;adh\u00e9sion aux \u00e9l\u00e9ments religieux qui fondent en partie cette \u00e9tiquette ne me semble pas \u00eatre un pr\u00e9requis. Cependant, je suis conscient que cela peut en choquer certains, qui peuvent estimer qu&rsquo;il existe une ambigu\u00eft\u00e9 pour un occidental dans le fait d&rsquo;accomplir un tel c\u00e9r\u00e9monial. N\u00e9anmoins, celui-ci est, m\u00eame dans cette perspective, justifi\u00e9 par les raisons explicit\u00e9es dans le troisi\u00e8me paragraphe de cet article. Certes, l&rsquo;acceptation des clauses de respect va g\u00e9n\u00e9ralement de soi. Mais il ne fait aucun mal de rappeler, au d\u00e9but et \u00e0 la fin de chaque pratique, que nous sommes l\u00e0 pour nous entraider, qu&rsquo;il convient de laisser certaines conventions sociales au vestiaire, et que la pratique de l&rsquo;A\u00efkido ne peut se comprendre sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al que lui a assign\u00e9 son fondateur, celui d&rsquo;\u00eatre un art de paix et d&rsquo;harmonie. L&rsquo;\u00e9tiquette et le c\u00e9r\u00e9monial sont justement l\u00e0 pour cela.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On entend souvent dire, pour expliquer l&rsquo;\u00e9tiquette, que le dojo est un espace sacr\u00e9. Cette affirmation est surprenante: en quoi une salle de sport deviendrait-elle brusquement sacr\u00e9e ? Pourtant, cette r\u00e9ponse est juste. Si elle n&rsquo;est pas toujours compr\u00e9hensible, c&rsquo;est qu&rsquo;elle fait appel \u00e0 une notion de\u00a0sacr\u00e9\u00a0qui est bien \u00e9loign\u00e9e de la notre. 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