{"id":364,"date":"2022-05-13T19:52:45","date_gmt":"2022-05-13T18:52:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=364"},"modified":"2022-09-19T12:39:49","modified_gmt":"2022-09-19T11:39:49","slug":"peut-on-imaginer-une-politique-qui-prenne-en-compte-la-psychologie-humaine-conference-pour-utopia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=364","title":{"rendered":"Peut-on imaginer une                 politique qui prenne en compte la psychologie humaine ? \u2013 Conf\u00e9rence pour Utopia"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright size-thumbnail is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/9782415000189.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"346\" data-permalink=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?attachment_id=346\" data-orig-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/9782415000189.jpg\" data-orig-size=\"350,531\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"9782415000189\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"\" data-medium-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/9782415000189-198x300.jpg\" data-large-file=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/9782415000189.jpg\" src=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/9782415000189-150x150.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-346\" width=\"150\" height=\"150\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai donn\u00e9 le 10 mai 2022 une conf\u00e9rence pour <a href=\"https:\/\/mouvementutopia.org\/site\/le-cycle-de-conferences-utopia\/\">le mouvement Utopia<\/a>, sur la base du livre que j&rsquo;ai \u00e9crit avec Coralie. La vid\u00e9o sera prochainement en ligne, et voici le texte de ma conf\u00e9rence. Il s&rsquo;agit simplement du texte&nbsp;: je n&rsquo;ai pas pris le temps d&rsquo;y ins\u00e9rer les liens et r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;: ces derni\u00e8res figurent dans l&rsquo;ouvrage lui-m\u00eame.  <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a id=\"wp-block-file--media-ebbeac53-33ce-4c1e-ba81-3693e78a465d\" href=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/2022-05-10-Conference_Utopia.pdf\">Version PDF<\/a><a href=\"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/2022-05-10-Conference_Utopia.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-ebbeac53-33ce-4c1e-ba81-3693e78a465d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<div class=\"wp-block-jetpack-markdown\"><p>L&rsquo;ouvrage qui me vaut d&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui devant vous, ou sur vos \u00e9crans, part du livre que j&rsquo;ai eu la chance de co-\u00e9crire avec Coralie Chevallier, <em>Homo Sapiens dans la cit\u00e9<\/em>. Nous avons voulu y montrer comment les sciences comportementales invitent \u00e0 repenser la mani\u00e8re de concevoir et de conduire l&rsquo;action publique. Nous avons \u00e9t\u00e9 essentiellement descriptifs\u00a0: nous avons montr\u00e9 comment une meilleure compr\u00e9hension de la psychologie humaine expliquait un certain nombre d&rsquo;\u00e9checs de politiques publiques, et comment il serait possible d&rsquo;y rem\u00e9dier.<\/p>\n<p>Les organisateurs de ce cycle de conf\u00e9rence m&rsquo;ont demand\u00e9 d&rsquo;aller ce soir un peu plus loin, et de me risquer \u00e0 aller au-del\u00e0 de la rem\u00e9diation pour dessiner ce que pourraient \u00eatre des politiques publiques qui partiraient de ce qu&rsquo;on sait aujourd&rsquo;hui du fonctionnement de l&rsquo;esprit humain. Je vais donc sortir quelque peu de la position que nous avons prise dans l&rsquo;ouvrage, et lancer un certain nombre d&rsquo;hypoth\u00e8ses qui n&rsquo;engagent bien s\u00fbr que moi. Vous \u00eates pr\u00e9venu.e.s.<\/p>\n<h2>Qui sommes-nous\u00a0?<\/h2>\n<p>Sans doute faut-il parler un peu des circonstances qui ont conduit une cognitiviste et un \u00e9conomiste \u00e0 \u00e9crire ensemble cet ouvrage. Il y a plus de trois ans maintenant, Coralie est venue frapper \u00e0 la porte du Cepremap pour nous demander comment faisaient les \u00e9conomistes pour avoir des relations aussi \u00e9troites entre administrations et recherche. Elle voyait dans son domaine un grand app\u00e9tit des administrations publiques pour les sciences cognitives. Attir\u00e9es par des perspectives de gains d&rsquo;efficacit\u00e9, les organes de l&rsquo;\u00c9tat y cherchaient une mani\u00e8re de faire \u00e9voluer leur action. Faute de conna\u00eetre les centres de recherche fran\u00e7ais \u2013 pourtant tr\u00e8s en pointe dans ce domaine \u2013 ils avaient recours \u00e0 des structures priv\u00e9es aux comp\u00e9tences parfois discutables. Il importait donc de cr\u00e9er un dialogue entre administrations et recherche, comme celui qui pouvait exister en \u00e9conomie.<\/p>\n<p>Je ne vais pas retracer ici nos projets communs. Pour ce soir, l&rsquo;important est le constat qu&rsquo;autant il existait de nombreux livres expliquant ce que sont les sciences comportementales, qu&rsquo;ils illustrent souvent la pertinence au travers d&rsquo;actions qui rel\u00e8vent de la sph\u00e8re publique, autant il n&rsquo;existait pas \u00e0 notre connaissance d&rsquo;ouvrage en fran\u00e7ais qui fasse de l&rsquo;action publique son point de d\u00e9part, et qui montre comment les sciences comportementales impliquent une profonde \u00e9volution dans ce domaine. Dont acte.<\/p>\n<h2>Socles et points aveugles de l&rsquo;action publique<\/h2>\n<h3>Deux adelphes : le citoyen \u00e9clair\u00e9 et l&rsquo;<em>homo economicus<\/em><\/h3>\n<p>Partons si vous le voulez bien de l&rsquo;action publique telle qu&rsquo;elle existe et qu&rsquo;elle se con\u00e7oit depuis l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00c9tat moderne. Tr\u00e8s grossi\u00e8rement parlant, on peut y voir la rencontre de deux repr\u00e9sentations, deux mod\u00e8les de l&rsquo;humain. L&rsquo;un vient plut\u00f4t du droit\u00a0: il s&rsquo;agit du citoyen \u00e9clair\u00e9. Inform\u00e9s par l&rsquo;h\u00e9ritage des Lumi\u00e8res, il nous para\u00eet normal que l&rsquo;\u00c9tat s&rsquo;adresse dans sa mani\u00e8re de faire aux plus hautes qualit\u00e9s humaines, \u00e0 commencer par la raison, qui doit guider les choix et la conduite des citoyens. Ce mod\u00e8le s&rsquo;est trouv\u00e9 s&rsquo;articuler pratiquement sans rupture avec l&rsquo;<em>homo economicus<\/em> venu de l&rsquo;\u00e9conomie, cet \u00eatre parfaitement inform\u00e9 et rationnel, qui agit toujours en fonction de son int\u00e9r\u00eat bien compris. De la m\u00eame mani\u00e8re que le citoyen \u00e9clair\u00e9 conna\u00eet l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des lois, l&rsquo;<em>homo economicus<\/em> ma\u00eetrise sinon l&rsquo;ensemble, du moins une large part des relations qui r\u00e9gissent le fonctionnement de l&rsquo;\u00e9conomie. Le fait que je parle au masculin ici n&rsquo;est pas innocent\u00a0: de la m\u00eame mani\u00e8re que ce mod\u00e8le ignore tout une partie de la cognition humaine, il a la tendance \u00e0 \u00e9riger le masculin en universel.<\/p>\n<p>Ces deux repr\u00e9sentations de l&rsquo;humain ont implicitement guid\u00e9 l&rsquo;action publique. Et encore. une des histoires \u00e0 succ\u00e8s de notre domaine est l&rsquo;<em>effet Cobra<\/em>. Alors occupant de l&rsquo;Inde, les autorit\u00e9s Britanniques \u00e9taient fort ennuy\u00e9es par la pr\u00e9sence de cobras \u00e0 Delhi. Elles d\u00e9cid\u00e8rent donc d&rsquo;offrir une prime \u00e0 toute personne qui leur apporterait un cobra mort. La prime eut du succ\u00e8s, mais au bout de quelques semaines, la population de cobras dans les rues ne semblait pas diminuer significativement. Il fallut quelques temps pour qu&rsquo;ils se rendent compte que les Indiens avaient mont\u00e9 des \u00e9levages de cobras, nettement moins dangereux que la capture. Ils annul\u00e8rent donc la prime, ce qui conduisit les Indiens \u00e0 rel\u00e2cher leurs cobras d&rsquo;\u00e9levage d\u00e9sormais sans valeur, et \u00e0 une multiplication des serpents dans les rues. L\u00e0, g\u00e9n\u00e9ralement, on rigole. Ils sont vraiment b\u00eates, ces Anglais. Sauf que si l&rsquo;anecdote est connue, il n&rsquo;en existe pas de source fiable. En revanche, il est bien \u00e9tabli que les autorit\u00e9s fran\u00e7aises sont tomb\u00e9es dans le m\u00eame pi\u00e8ge \u00e0 Hano\u00ef en 1902, en offrant une prime pour les queues de rat. Le fait que dans les deux cas il s&rsquo;agisse d&rsquo;administrations coloniales et de programmes s&rsquo;adressant \u00e0 des populations racis\u00e9es explique en partie pourquoi les administrateurs ne sont m\u00eame pas all\u00e9s au bout du raisonnement et n&rsquo;ont pas anticip\u00e9 la possibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9levage.<\/p>\n<p>Pour autant, si l\u2019anecdote a du succ\u00e8s, c&rsquo;est certainement que nous pouvons tous rep\u00e9rer une action publique o\u00f9 appara\u00eet ce d\u00e9faut d&rsquo;anticipation, de simple prise en compte de la r\u00e9action rationnelle \u00e0 une contrainte. Par exemple, les radars automatiques cr\u00e9ent des zones \u00e0 accidents \u00e0 cause des freinages brutaux juste en amont et des acc\u00e9l\u00e9rations tout aussi brutales en aval. On peut \u00e9galement penser au fait que le trafic de pass sanitaires soit apparu comme une surprise.<\/p>\n<h3>Une collection de points aveugles<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 d&rsquo;\u00e9checs d&rsquo;actions publiques ponctuelles, la repr\u00e9sentation des citoyens comme parfaitement inform\u00e9s et rationnels conduit \u00e0 des probl\u00e8mes syst\u00e9miques dans la mise en \u0153uvre des politiques publiques. Une mani\u00e8re de le mettre en lumi\u00e8re est l&rsquo;ampleur du non-recours. Il s&rsquo;agit, pour une prestations donn\u00e9e \u2013 par exemple le RSA \u2013 de la part des personnes qui pourraient en \u00eatre b\u00e9n\u00e9ficiaires, mais ne font pas ou ne vont pas au bout des d\u00e9marches n\u00e9cessaires pour l&rsquo;obtenir. Dans le cas du RSA, qui est une prestation de base destin\u00e9e \u00e0 des m\u00e9nages particuli\u00e8rement fragiles, un tiers des m\u00e9nages \u00e9ligibles n&rsquo;y recourent pas chaque trimestre, et un sur cinq de fa\u00e7on permanente. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un cas isol\u00e9\u00a0: un comparatif de l&rsquo;OCDE montre que de nombreux dispositifs  peinent \u00e0 atteindre plus de la moiti\u00e9 ou des deux tiers des b\u00e9n\u00e9ficiaires vis\u00e9s. Et souvent, le non-recours est le plus fr\u00e9quent chez les personnes qui en ont le plus besoin \u2013 typiquement les visites gratuites chez le dentiste. Si le seul mod\u00e8le qu&rsquo;on s&rsquo;autorise \u00e0 utiliser est celui de l&rsquo;<em>homo economicus<\/em>, le non-recours est difficilement explicable, tant les personnes concern\u00e9es auraient manifestement int\u00e9r\u00eat \u00e0 accomplir les d\u00e9marches.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, toutefois, qu&rsquo;on passe \u00e0 un mod\u00e8le plus riche du comportement humain, une collection de motifs comportementaux viennent \u00e9clairer ce probl\u00e8me. Je n&rsquo;en citerai ici que quelques-uns, ceux qui nous ont sembl\u00e9 les plus saillants.<\/p>\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment commun \u00e0 de nombreux dispositifs est la n\u00e9gligence pour le <em>co\u00fbt cognitif<\/em> d&rsquo;accomplir les d\u00e9marches requises. Nous savons tous, je crois, que remplir convenablement un formulaire administratif demande du temps et de la concentration\u00a0: c&rsquo;est ce que j\u2019appelle le co\u00fbt cognitif. Ce co\u00fbt est le plus souvent bien plus important pour les personnes en situation pr\u00e9caire. En premier lieu, elles ont le plus souvent un moindre niveau de formation, ce qui rend la compr\u00e9hension du formulaire plus difficile. En deuxi\u00e8me lieu, elles ont fr\u00e9quemment plus d&rsquo;information \u00e0 fournir, et plus de difficult\u00e9s \u00e0 les obtenir. L\u00e0 o\u00f9 il vous suffit de t\u00e9l\u00e9charger une facture d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 comme justificatif de domicile, une personne h\u00e9berg\u00e9e devra demander une attestation sp\u00e9cifique \u00e0 un gestionnaire. En troisi\u00e8me lieu, la pr\u00e9carit\u00e9 implique un ensemble de pr\u00e9occupations \u2013 est-ce que je vais pouvoir manger ce soir\u00a0? \u2013 qui occupent d\u00e9j\u00e0 une grande part de la capacit\u00e9 cognitive, r\u00e9duisant celle disponible pour les d\u00e9marches \u00e0 la portion congrue. On a donc l\u00e0 un triple motif qui peut faire d&rsquo;une d\u00e9marche administrative apparemment simple, pour quelqu&rsquo;un d&rsquo;instruit et \u00e0 la situation stable, un obstacle insurmontable pour les personnes \u00e0 qui la d\u00e9marche est prioritairement destin\u00e9e. Ce probl\u00e8me est rarement pris en compte dans une analyse co\u00fbt-b\u00e9n\u00e9fice explicite de la construction de la d\u00e9marche, o\u00f9 on a l&rsquo;impression que la peur de la fraude prend souvent le pas sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;atteindre effectivement les personnes qui en ont besoin \u2013 je reviendrai plus tard sur les ressorts cognitifs de cette peur de la fraude.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9l\u00e9ment transversal est notre tendance naturelle \u00e0 la <em>procrastination<\/em>, le fait de remettre \u00e0 plus tard des actions qui nous co\u00fbtent maintenant et ne nous b\u00e9n\u00e9ficient qu&rsquo;\u00e0 long terme \u2013 aller faire cette visite de contr\u00f4le chez le dentiste, mettons. Cette tendance influe lourdement sur nos choix de priorit\u00e9s, et nous fait souvent nous \u00e9carter de ce qui serait objectivement meilleur pour nous\u00a0: arr\u00eater de fumer, faire plus d&rsquo;exercice, reprendre contact avec cette amie qu&rsquo;on est en train de perdre de vue\u2026 Rien qu&rsquo;en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique, si on regarde au-del\u00e0 des deux derni\u00e8res ann\u00e9es marqu\u00e9es par le Covid-19, les statistiques de morbidit\u00e9 sont domin\u00e9es par des maladies en partie \u00e9vitables, comme le diab\u00e8te ou les accidents cardiaques, li\u00e9es \u00e0 un mode de vie dont nous sommes conscients de la nocivit\u00e9.<\/p>\n<p>On peut citer \u00e9galement, puisque nous sommes entre deux \u00e9lections, l&rsquo;<em>heuristique de disponibilit\u00e9<\/em>, qui consiste \u00e0 donner plus d&rsquo;importance \u00e0 ce que nous voyons ou observons souvent. Typiquement, nous avons une repr\u00e9sentation extr\u00eamement d\u00e9form\u00e9e des risques auxquels nous sommes expos\u00e9s. Comment classeriez-vous le risque de mourir dans attentat ou d&rsquo;un accident de voiture ? Un sondage montre que les Fran\u00e7ais pensent qu&rsquo;il est deux fois plus probable de mourir dans un accident de voiture. Ils savent au moins quel est le plus probable, mais sont tr\u00e8s loin de l&rsquo;ordre de grandeur\u00a0:  entre 2010 et 2020, il y a eu 120 fois plus de d\u00e9c\u00e8s par accident de voiture que dans un attentat. Cet exemple est r\u00e9v\u00e9lateur dans la mesure o\u00f9 cet \u00e9cart de perception \u00e0 des cons\u00e9quences tr\u00e8s concr\u00e8tes\u00a0: pour rassurer la population, on maintient des dispositifs, comme les patrouilles de militaires pour Vigipirate, qui de l&rsquo;avis des experts ne servent \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 rien en termes de protection, co\u00fbtent cher et d\u00e9gradent significativement les capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles des arm\u00e9es fran\u00e7aises. En regard, la pr\u00e9vention routi\u00e8re reste sous-dot\u00e9e, et on n&rsquo;avance que tr\u00e8s lentement sur les cons\u00e9quences de l&rsquo;alourdissement des v\u00e9hicules sur la s\u00e9curit\u00e9 des autres utilisateurs de l&rsquo;espace public.<\/p>\n<p>Nous donnons une s\u00e9lection plus \u00e9tendue d&rsquo;exemples dans l&rsquo;ouvrage, mais je crois que vous avez saisi l&rsquo;id\u00e9e\u00a0: les humains ne fonctionnent pas toujours comme le ferait un individu parfaitement rationnel et aux ressources mentales illimit\u00e9es, et cela a des cons\u00e9quences lourdes sur l&rsquo;action publique.<\/p>\n<h2>Comprendre le fonctionnement de l&rsquo;esprit humain<\/h2>\n<p>Les deux prix Nobel d\u00e9cern\u00e9s au champ de l&rsquo;\u00e9conomie comportementale ont certes mis en lumi\u00e8re ces \u00e9carts et leur cons\u00e9quences, ainsi que des mani\u00e8res de les mobiliser pour guider vers de meilleurs choix, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de prendre l&rsquo;escalier plut\u00f4t que l&rsquo;escalator ou de choisir un plan d&rsquo;\u00e9pargne retraite. Pour autant, cette r\u00e9volution du <em>nudge<\/em> a \u00e9t\u00e9 en quelque sorte l&rsquo;arbre qui a cach\u00e9 la for\u00eat. Surtout, elle a popularis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que ce qui nous diff\u00e9rencie de l&rsquo;<em>homo economicus<\/em> est une galaxie de biais, d&rsquo;\u00e9carts r\u00e9guliers \u00e0 la rationalit\u00e9 parfaite. Il s&rsquo;agit certes l\u00e0 d&rsquo;une vision \u00e9pist\u00e9mologiquement int\u00e9ressante pour identifier ces \u00e9carts, elle a l&rsquo;immense tort de donner \u00e0 penser que ces biais sont irrationnels, et donc que l&rsquo;id\u00e9al serait de s&rsquo;en affranchir. \u00c0 partir de l\u00e0, on faut fausse route\u00a0: s&rsquo;ils existent, ces \u00e9carts ont une raison, et il est contre-productif de vouloir les r\u00e9duire sans comprendre pourquoi ils sont si profond\u00e9ment implant\u00e9s dans la psych\u00e9 humaine.<\/p>\n<h3>Des biais\u00a0? Non, des heuristiques\u00a0!<\/h3>\n<p>C&rsquo;est pour cette raison que nous \u00e9vitons autant que possible le terme de <em>biais<\/em> pour parler de ces \u00e9carts. Il ne s&rsquo;agit en effet pas de d\u00e9viations arbitraires par rapport \u00e0 une norme rationnelle, mais d&rsquo;<em>heuristiques<\/em>, d&rsquo;adaptations de notre cerveau aux contraintes de son environnement. Nous sommes capables de r\u00e9agir en un quart de seconde \u00e0 un bruit inattendu, \u00e0 une trottinette \u00e9lectrique aper\u00e7ue du coin de l&rsquo;\u0153il, avec un temps de r\u00e9action et une capacit\u00e9 de traitement bien au-dessus de ce \u00e0 quoi parviennent aujourd&rsquo;hui les ordinateurs. En d&rsquo;autres termes, notre cerveau a \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9 par des millions d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9volution \u00e0 \u00eatre une machine \u00e0 d\u00e9cider en temps court et en situation d&rsquo;incertitude \u2013 pratiquement tout l&rsquo;inverse d&rsquo;un ordinateur, ou d&rsquo;une vision un peu simple de l&rsquo;<em>homo economicus<\/em>. Donnons-en deux illustrations.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9chiquier de Sissa. En Inde, un roi s&rsquo;ennuie. Pour le distraire, Sissa invente un jeu, les \u00e9checs, qui ravit le roi. En r\u00e9compense, Sissa demande que le roi prenne le plateau du jeu et, sur la premi\u00e8re case, pose un grain de riz, ensuite deux sur la deuxi\u00e8me, puis quatre sur la troisi\u00e8me, et ainsi de suite, en doublant \u00e0 chaque fois le nombre de grains de riz. Le roi rit d&rsquo;abord de la modestie de la r\u00e9compense. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;arriv\u00e9 \u00e0 la moiti\u00e9 de l&rsquo;\u00e9chiquier qu&rsquo;il se rend compte qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas assez de riz dans le royaume, et en fait au monde, pour arriver au bout (il faudrait plus de 1500 ann\u00e9es de r\u00e9coltes, au niveau de production actuel). Ce probl\u00e8me est caract\u00e9ris\u00e9 par une progression exponentielle du nombre de grains de riz, quelque chose que l&rsquo;esprit humain a beaucoup de mal \u00e0 se repr\u00e9senter. Inversement, le probl\u00e8me est trivial pour un ordinateur.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;autre sens, on parle beaucoup des r\u00e8gles \u00e9thiques que devraient appliquer les v\u00e9hicules automatiques\u00a0: faut-il qu&rsquo;ils soient programm\u00e9s pour sacrifier leur passagers ou des pi\u00e9tons quand il n&rsquo;est pas possible de faire autrement\u00a0? Faut-il faire une diff\u00e9rence entre un enfant et une personne \u00e2g\u00e9e\u00a0? En pratique toutefois, le probl\u00e8me de la conduite automatis\u00e9e aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas de mettre en place ce genre de r\u00e8gle, mais que le v\u00e9hicule fasse de mani\u00e8re fiable la diff\u00e9rence entre un enfant et un panneau de signalisation\u00a0! En d&rsquo;autres termes, des t\u00e2ches de reconnaissance de forme qui sont triviales pour nous sont extr\u00eamement difficiles pour des ordinateurs.<\/p>\n<p>Vouloir rabattre l&rsquo;humain sur le mod\u00e8le de l&rsquo;agent rationnel, c&rsquo;est donc passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces capacit\u00e9s essentielles de l&rsquo;esprit humain, le pousser vers ce \u00e0 quoi il est moins adapt\u00e9 en laissant de c\u00f4t\u00e9 ce \u00e0 quoi son \u00e9volution l&rsquo;a supr\u00eamement entra\u00een\u00e9. Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que nous ferions cette erreur, d&rsquo;ailleurs. Ainsi que l&rsquo;illustrent des films comme <em>Metropolis<\/em> ou <em>Les Temps modernes<\/em>, l&rsquo;industrialisation a pendant un temps repos\u00e9 sur l&rsquo;adaptation des mouvements humains aux limites physiques des machines de l&rsquo;\u00e9poque. Puis est arriv\u00e9e l&rsquo;ergonomie, et la d\u00e9monstration qu&rsquo;il \u00e9tait bien plus efficace d&rsquo;adapter la machine au corps humain que le contraire. Nous parlons ici d&rsquo;une forme d&rsquo;ergonomie de l&rsquo;action publique, appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>La cognition sociale<\/h3>\n<p>Une limite de cette analogie est que l&rsquo;esprit humain ne se con\u00e7oit pas isol\u00e9ment des autres. Notre mani\u00e8re de comprendre le monde s&rsquo;appuie de mani\u00e8re essentielle sur une dimension sociale, sur nos interactions avec les autres. L\u00e0 encore, il s&rsquo;agit d&rsquo;un champ immense, dont je ne peux donner ici qu&rsquo;un aper\u00e7u. Le point essentiel, \u00e0 mon sens, tourne autour de la coop\u00e9ration\u00a0: comment expliquer que les humains s&rsquo;engagent quotidiennement dans des actions qui ne leur b\u00e9n\u00e9ficient pas directement, et dont les gains sont pour partie soumis au bon vouloir d&rsquo;autres personnes, qui ne sont pas avec elles dans un rapport de stricte r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Nous rappelons dans le livre que le comportement le plus fr\u00e9quent chez les humains est celui de la coop\u00e9ration conditionnelle\u00a0: nous ne sommes ni des bonnes poires, ni de parfaits \u00e9go\u00efstes. Nous acceptons de coop\u00e9rer avec les autres dans la mesure o\u00f9 nous pensons que les autres vont coop\u00e9rer en retour. Nous sommes ainsi d&rsquo;autant plus enclins \u00e0 respecter le code de la route que nous voyons autour de nos les autres le respecter \u2013 alors que rationnellement, nous devrions faire le contraire\u00a0: si tout le monde respecte scrupuleusement les limites de vitesses et les distances de s\u00e9curit\u00e9, il est moins dangereux pour moi d&rsquo;aller vite et de slalomer entre les voitures.<\/p>\n<p>Cela a des cons\u00e9quences imm\u00e9diates sur l&rsquo;action publique\u00a0: en mettant en \u00e9vidence des comportements non-coop\u00e9ratifs, des campagnes de sensibilisation peuvent se r\u00e9v\u00e9ler contre-productives en normalisant le comportement qu&rsquo;on essaye d&rsquo;\u00e9viter. Il vaut bien mieux montrer que ce comportement est non seulement dangereux, mais minoritaire. Les campagne de lutte contre l&rsquo;alcoolisme \u00e9tudiant ont connu un tel tournant. L\u2019inconv\u00e9nient du \u00ab\u00a0Tu t&rsquo;es vu quand t&rsquo;as bu\u00a0?\u00a0\u00bb est qu&rsquo;il donne l&rsquo;impression que beaucoup d&rsquo;\u00e9tudiants boivent jusqu&rsquo;\u00e0 une ivresse avanc\u00e9e, en faisant une norme implicite. Les campagnes informant du fait que la plupart des \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants boivent de mani\u00e8re mod\u00e9r\u00e9e, que l&rsquo;alcoolisation extr\u00eame ne concerne qu&rsquo;une minorit\u00e9 qui a besoin d&rsquo;une prise en charge ont \u00e9t\u00e9 plus efficaces pour \u00e9viter les comas alcooliques.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que notre capacit\u00e9 \u00e0 identifier tr\u00e8s efficacement les sons et mouvements dangereux constitue un facteur de survie, la cognition humaine a \u00e9t\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9e de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s efficace dans les t\u00e2ches qui sous-tendent le maintien de ces situation de coop\u00e9ration conditionnelle. Nous accordons ainsi une grande importance \u00e0 la r\u00e9putation, tant la notre que celle des autres. Ainsi, nous avons tendance \u00e0 nous comporter de mani\u00e8re plus honn\u00eate quand nous nous sentons observ\u00e9s, f\u00fbt-ce par des yeux peints sur un mur. R\u00e9ciproquement, on peut construire en laboratoire des situations o\u00f9 des gens doivent d\u00e9cider si quelqu&rsquo;un est honn\u00eate ou non, et sont expos\u00e9s \u00e0 des informations discordantes entre ce qu&rsquo;on leur a dit de cette personne et ce qu&rsquo;ils observent eux-m\u00eames. Ces exp\u00e9riences montrent que nous accordons beaucoup de poids \u00e0 ce qui nous a \u00e9t\u00e9 dit de la personne, et qu&rsquo;il faut que nous soyons bien s\u00fbrs de la prendre en faute pour revoir notre opinion si on nous a dit auparavant beaucoup de bien d&rsquo;elle.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, et pour revenir \u00e0 ce que j&rsquo;ai pu dire au d\u00e9but, nous pr\u00eatons instinctivement une grande attention \u00e0 la fraude et \u00e0 la tricherie, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;exclusion des tricheurs est une condition essentielle pour que la coop\u00e9ration soit soutenable. Ce pincement de col\u00e8re que vous ressentez quand quelqu&rsquo;un s&rsquo;ins\u00e8re devant vous dans une queue n&rsquo;est pas un simple signe d&rsquo;impatience\u00a0: on retrouve des r\u00e9actions n\u00e9gatives \u00e0 ce type de choses chez de tr\u00e8s jeunes enfants, et quand la tricherie n&rsquo;a pas d&rsquo;impact sur l&rsquo;observateur. Cela explique sans doute en partie la focalisation parfois difficile \u00e0 comprendre des administrations sur le risque de fraude\u00a0: ce motif joue lui aussi sur des ressorts comportementaux profonds, et qui sont activ\u00e9s par le fait que l&rsquo;absence de contact humain direct coupe les m\u00e9canismes d&rsquo;\u00e9tablissement de la confiance qui ont pour une bonne partie de notre histoire contrebalanc\u00e9 ce risque. Au travers de cet exemple, nous voyons \u00e0 quel point il faut int\u00e9grer dans la conception de l&rsquo;action publique non seulement la psychologie des publics vis\u00e9s, mais aussi celle des concepteurs de l&rsquo;action publique, et des agents qui auront la responsabilit\u00e9 de sa conduite.<\/p>\n<h3>L&rsquo;\u00e9quit\u00e9, premi\u00e8re vertu de l&rsquo;action publique<\/h3>\n<p>Ce fonctionnement explique aussi pourquoi nous acceptons ou rejetons l&rsquo;action publique moins sur des crit\u00e8res d&rsquo;efficacit\u00e9 que sur ce que nous percevons comme l&rsquo;\u00e9quit\u00e9. La taxe carbone en fournit un bon exemple. Il n&rsquo;y a pas vraiment d&rsquo;argument contre son efficacit\u00e9 pour r\u00e9duire les \u00e9missions de CO2. L&rsquo;opposition \u00e0 cette taxe s&rsquo;est cristallis\u00e9e sur le fait qu&rsquo;elle porterait principalement sur les m\u00e9nages les plus contraints financi\u00e8rement (pas forc\u00e9ment les plus modestes, d&rsquo;ailleurs), et qu&rsquo;elle exemptait des secteurs associ\u00e9s au mode de vie des plus ais\u00e9s, comme l&rsquo;aviation. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il est facile de montrer tant en laboratoire que par les sondages que la plupart des gens n&rsquo;\u00e9valuent pas les politiques publiques de mani\u00e8re utilitariste, en comparant les co\u00fbts et les b\u00e9n\u00e9fices, mais sur un principe d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 fond\u00e9 sur la coop\u00e9ration conditionnelle\u00a0: est-ce que cette politique r\u00e9compense ceux qui coop\u00e8rent et punit ceux qui ne le font pas\u00a0?<\/p>\n<p>Cet \u00e9cart trouve une illustration assez spectaculaire dans une exp\u00e9rience qui compare l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat-providence aux \u00c9tats-Unis et au Danemark. Sans surprise, les Danois sont en moyenne plus favorables \u00e0 un \u00c9tat-providence g\u00e9n\u00e9reux que les Am\u00e9ricains. Sauf qu&rsquo;en pratique, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une opinion forte sur l&rsquo;\u00c9tat-providence en soi\u00a0! Pour le montrer, les chercheurs ont pr\u00e9sent\u00e9 des cas pratiques\u00a0: faut-il aider une personne dont les difficult\u00e9s proviennent d&rsquo;une cause externe \u2013 mettons un ouvrier chez Kodak, dont l&#8217;emploi a disparu \u00e0 cause de mauvais choix technologiques de son employeur\u00a0? Faut-il aider une personne dont les probl\u00e8mes sont li\u00e9s essentiellement \u00e0 sa paresse\u00a0? Danois et Am\u00e9ricains r\u00e9pondent de mani\u00e8re pratiquement identique \u00e0 ces questions. Ce qui est en jeu n&rsquo;est donc pas l&rsquo;aide en soi, mais le fait qu&rsquo;elle aille o\u00f9 non \u00e0 quelqu&rsquo;un qui la m\u00e9rite. Et c&rsquo;est l\u00e0 que les deux populations diff\u00e8rent. Dans leur majorit\u00e9, les Danois pensent qu&rsquo;une personne au ch\u00f4mage est probablement quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;a pas eu de chance, et qui utilisera l&rsquo;aide pour retrouver un emploi. Dans leur majorit\u00e9, les Am\u00e9ricains pensent qu&rsquo;une personne au ch\u00f4mage est paresseuse, et que l&rsquo;aide ne ferait que l&rsquo;encourager dans sa paresse. Une appr\u00e9ciation aussi cruciale dans nos soci\u00e9t\u00e9s ne repose donc pas sur une vision morale diff\u00e9rente, mais sur une diff\u00e9rence d&rsquo;appr\u00e9ciation des des autres.<\/p>\n<p>Cette exp\u00e9rience jette il me semble une autre lumi\u00e8re sur les cons\u00e9quences du traitement m\u00e9diatique d&rsquo;un certain nombre de sujets. Nos repr\u00e9sentations des b\u00e9n\u00e9ficiaires de minima sociaux sont souvent bien \u00e9loign\u00e9s de la r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9crite tant par les statistiques que par les enqu\u00eates sociologiques et ethnographiques. Pour un bon exemple, je recommande l&rsquo;ouvrage de Denis Colombi, <em>O\u00f9 va l&rsquo;argent des pauvres\u00a0?<\/em>.<\/p>\n<h2>Construire des politiques publiques pour les humains<\/h2>\n<p>J&rsquo;arrive maintenant \u00e0 ce que les \u00e9diteurs am\u00e9ricains appellent le \u00ab\u00a0probl\u00e8me du dixi\u00e8me chapitre\u00a0\u00bb\u00a0: apr\u00e8s avoir bien montr\u00e9 ce qui ne fonctionne pas, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait\u00a0? Quelles solutions pratiques proposer\u00a0? Souvent, cette discussion est report\u00e9e au dernier chapitre du livre, sous la forme de grands principes g\u00e9n\u00e9raux. Coralie et moi n&rsquo;\u00e9chappons qu&rsquo;en partie \u00e0 cet \u00e9cueil, qui a lui aussi sa raison d&rsquo;\u00eatre\u00a0: on ne d\u00e9finit pas une bonne politique sans une \u00e9troite collaboration avec les personnes concern\u00e9es et celles en charge de sa mise en place. Les propositions qu&rsquo;on peut faire dans un tel ouvrage sont donc n\u00e9cessairement incompl\u00e8tes. Je vais toutefois essayer de donner \u00e0 la fois des exemples et des directions.<\/p>\n<h3>Simplification et bienveillance<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de la multiplicit\u00e9 des dispositifs reposant sur le <em>nudge<\/em> et ses d\u00e9riv\u00e9s, la simplification des d\u00e9marches constitue un des chantiers structurants de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;action publique. La Direction Interminist\u00e9rielle \u00e0 la Transformation Publique (DITP) a lanc\u00e9 il y a quelques temps un appel \u00e0 signaler des formulaires administratifs inutilement compliqu\u00e9s. Quelque peu victimes de leur succ\u00e8s, ils ont maintenant plus d&rsquo;une centaine de formulaires CERFA \u00e0 examiner et \u00e0 simplifier. Cela passe par un travail en profondeur de connaissance des usagers de ces formulaires, et de mise en relation technique avec ce que l&rsquo;administration sait d\u00e9j\u00e0 de ces personnes. La d\u00e9claration de revenus en ligne constitue un exemple de r\u00e9f\u00e9rence, combinant le pr\u00e9-remplissage avec les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9j\u00e0 connus de l&rsquo;administration fiscale, et une structure tr\u00e8s modulaire qui vous demande en des termes compr\u00e9hensibles (\u00ab\u00a0Avez-vous mis en location de courte dur\u00e9e votre logement ou une partie de celui-ci\u00a0\u00bb) pour vous aiguiller ensuite vers des compl\u00e9ments adapt\u00e9s \u00e0 votre situation.<\/p>\n<p>Cet effort de simplification doit \u00e9videmment \u00eatre d&rsquo;autant plus pouss\u00e9 que le public vis\u00e9 est fragile \u2013 et la num\u00e9risation peut alors constituer un obstacle autant qu&rsquo;une aide. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame, un ensemble de prestations devrait ne pas n\u00e9cessiter de d\u00e9marche du tout, avec une allocation aussi automatique que possible de prestations de base comme le RSA socle ou la couverture maladie universelle. Souvent, une partie de l&rsquo;obstacle r\u00e9side dans nos propres repr\u00e9sentations plut\u00f4t que dans celle des r\u00e9cipiendaires. Le sans-abrisme en est un bon exemple. Des \u00e9tudes nombreuses et robustes d\u00e9montrent la mani\u00e8re de tr\u00e8s loin la plus efficace pour sortir les gens de la rue est de leur octroyer des logements autonomes. Avec un accompagnement, bien s\u00fbr, mais sans les contraintes et contreparties les plus fr\u00e9quentes de l&rsquo;h\u00e9bergement d&rsquo;urgence, comme la question des animaux de compagnie ou la consommation d&rsquo;alcool. Le fait de leur faire confiance constitue manifestement un puissant levier pour qu&rsquo;ils adaptent leur comportements \u00e0 leur nouvelle situation. Pourtant, ces dispositifs restent trop rares, car nous nous m\u00e9prenons sur leur co\u00fbt compar\u00e9 \u00e0 ceux de long terme \u00e0 avoir des personnes durablement sans abri.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9orientation impose un changement de posture qui ne va pas de soi dans une administration fran\u00e7aise souvent m\u00e9fiante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des administr\u00e9s, et souvent tr\u00e8s prescriptive sans consid\u00e9ration des situations individuelles. Je forme ainsi en ce moment des conseillers P\u00f4le Emploi dans les Hauts-de-France, sp\u00e9cialis\u00e9s dans l&rsquo;accompagnement des jeunes. Au cours de cette formation, nous avons parl\u00e9 de l&rsquo;environnement social et mental de ces jeunes, de ce que la situation g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9 et sp\u00e9cifique des Hauts-de-France pouvait avoir comme cons\u00e9quences sur leur mani\u00e8re d&rsquo;envisager le monde du travail. Plusieurs conseill\u00e8res et conseillers nous ont dit avoir le sentiment que nous leur avions ouvert les yeux sur ces jeunes. Dans la lign\u00e9e de l&rsquo;accompagnement classique, leur objectif \u00e9tait le plus souvent de les diriger vers un emploi stable, un CDI, et ils \u00e9taient en difficult\u00e9 face \u00e0 des jeunes qui ne semblaient pas motiv\u00e9s par cette perspective. Est-ce que ces jeunes sont mous, ou paresseux\u00a0? Quand ils se sont mis \u00e0 les \u00e9couter de mani\u00e8re plus large, \u00e0 leur poser des questions non seulement sur leur projet professionnel (ou son absence, fr\u00e9quente), mais aussi sur leurs passions et leur environnement, les conseill\u00e8res et conseillers ont d\u00e9couverts que beaucoup ne veulent pas de CDI. Ils veulent, en conscience, des contrats courts, des CDD ou de l&rsquo;interim, qui leur \u00e9viteront de revivre ce qu&rsquo;ils ont vu chez leurs parents\u00a0: des d\u00e9cennies \u00e0 travailler dur, \u00e0 supporter parfois un environnement toxique (\u00e0 tous les sens du terme) pour finalement se faire licencier \u00e0 50 ans. Les contrats courts, c&rsquo;est l&rsquo;assurance de ne pas faire tout le temps la m\u00eame chose, de pouvoir quitter rapidement un sup\u00e9rieur abusif ou une situation de travail dangereuse.<\/p>\n<h3>Prot\u00e9ger les humains<\/h3>\n<h4>Prot\u00e9ger les humaine.s d&rsquo;eux-m\u00eames<\/h4>\n<p>Nous avons une id\u00e9e assez claire des circonstances dans lesquelles nos heuristiques con\u00e7ues pour la d\u00e9cision en temps court nous font commettre des erreurs que nous regrettons ensuite. Typiquement, ce sont des d\u00e9cisions que nous prenons rarement, avec des cons\u00e9quences importantes et pour lesquelles nous disposons d&rsquo;une information imparfaite (y compris une information trop abondante ou complexe). Le achats immobiliers en sont un bon exemple. Dans ce cas, la r\u00e9gulation a d\u00e9j\u00e0 mis en place des dispositifs dont les sciences comportementales soulignent le bien-fond\u00e9, comme la p\u00e9riode obligatoire de r\u00e9flexion entre la promesse de vente et l&rsquo;acquisition, ou avant d&rsquo;accepter un pr\u00eat qui nous engage pour des d\u00e9cennies. De telles p\u00e9riodes obligatoires d&rsquo;attente ont d\u00e9montr\u00e9 leur efficacit\u00e9 aux \u00c9tats-Unis pour la pr\u00e9vention des suicides par arme \u00e0 feu, et pourraient \u00eatre envisag\u00e9es pour d&rsquo;autres d\u00e9cisions, \u00e0 commencer par les cr\u00e9dits \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p>Plus structurellement, l&rsquo;ouvrage r\u00e9cent <em>Noise<\/em> est venu souligner que nos processus mentaux peuvent non seulement s&rsquo;\u00e9carter de notre int\u00e9r\u00eat bien compris, mais aussi comporter une quantit\u00e9 consid\u00e9rable de bruit, au sens o\u00f9 face aux m\u00eames circonstances, nous changeons de choix ou de d\u00e9cision. Cela va des juges qui prononcent des peines aux choix de d\u00e9jeuner, en passant par des d\u00e9cisions de recrutement. L&rsquo;enjeu est donc de concevoir des environnement de choix qui nous aident \u00e0 prendre de mani\u00e8re fiable la d\u00e9cision qui est bonne pour nous, et ce de notre propre point de vue. Nous disposons d&rsquo;un ensemble d&rsquo;outils pour cela. Il s&rsquo;agit souvent de la combinaison entre une simplification de l&rsquo;information fournie, mettant en avant ce qui est le plus important pour le choix \u00e0 faire, une incitation \u00e0 nous mettre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit de choix rationnel, comme avec les p\u00e9riodes de r\u00e9flexion, et la fourniture de points de r\u00e9f\u00e9rence fiables pour comparer ce que nous envisageons de faire \u00e0 ce qu&rsquo;ont fait d&rsquo;autres personnes dans la m\u00eame situation. Si je reprends le cas de l&rsquo;achat immobilier, nous n&rsquo;avons assez clairement qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment sur les trois. Pour ne retenir qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment, l&rsquo;information donn\u00e9e lors de l&rsquo;achat inclut le co\u00fbt du cr\u00e9dit, mais rarement une vision claire des co\u00fbts rationnellement anticipables en fonction par exemple du mode de chauffage, de la distance aux commerce et au bassin d&#8217;emploi, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et au type de copropri\u00e9t\u00e9, etc.<\/p>\n<h4>Prot\u00e9ger les humain.e.s des autres<\/h4>\n<p>J&rsquo;aurais sans doute le dire plus t\u00f4t, mais l&rsquo;esp\u00e8ce humaine n&rsquo;a pas attendu la constitution des sciences comportementales pour rep\u00e9rer les traits saillants de l&rsquo;esprit humain, et la mani\u00e8re de les influencer. Si vous prenez un relev\u00e9 des principaux traits qu&rsquo;on nomme aujourd&rsquo;hui des biais, vous y retrouverez nombre d&rsquo;observations d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9es dans des ouvrages comme <em>L&rsquo;Institution oratoire<\/em> de Quintilien, l&rsquo;<em>Art de la guerre<\/em> de Sun Tzu ou <em>Les Essais<\/em> de Montaigne. Plus pr\u00e8s de nous, le marketing a eu toutes les incitations financi\u00e8res \u00e0 mobiliser ces \u00e9carts pour nous conduire \u00e0 acheter des produits ou des services dont nous n&rsquo;avons pas forc\u00e9ment besoin. D\u00e8s les premiers grands magasins, les horloges, pourtant essentielles dans le contr\u00f4le du travail des employ\u00e9.e.s, ont disparu du regard du public. Nous sommes en effet assez mauvais pour \u00e9valuer le temps qui passe, et ne pas avoir d&rsquo;horloge tend \u00e0 nous faire passer plus de temps dans le magasin. Jusqu&rsquo;\u00e0 r\u00e9cemment, un grand quotidien fran\u00e7ais permettait de s&rsquo;abonner en quelques clics, mais demandait une lettre recommand\u00e9e avec accus\u00e9 de r\u00e9ception pour arr\u00eater l&rsquo;abonnement \u2013 une asym\u00e9trie assum\u00e9e par le service des abonnements comme une barri\u00e8re au d\u00e9sabonnement.<\/p>\n<p>On d\u00e9signe g\u00e9n\u00e9ralement ces pratiques d&rsquo;usage des motifs comportementaux au d\u00e9triment des personnes vis\u00e9es sous le terme de <em>dark patterns<\/em>. Je n&rsquo;en connais pas d&rsquo;\u00e9quivalent francophone qui se soit impos\u00e9. Ces pratiques entrent enti\u00e8rement dans le champ de comp\u00e9tence de l&rsquo;\u00c9tat, dans son r\u00f4le de r\u00e9gulateur\u00a0: s&rsquo;il est l\u00e9gitime de nous prot\u00e9ger de la pr\u00e9sence de compos\u00e9s physiologiquement toxiques dans notre environnement, il est l\u00e9gitime de nous prot\u00e9ger de pratiques dont la nocivit\u00e9 pour nos choix peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e de mani\u00e8re robuste.<\/p>\n<p>Un exemple\u00a0: quand vous allez sur des sites de r\u00e9servation d&rsquo;h\u00f4tel en ligne, vous voyez souvent des encarts qui vous disent \u00ab\u00a0Julie de Saint-Quentin est aussi en train de regarder cette offre\u00a0\u00bb. Si vous regardez le code source de la page, vous vous apercevez que Julie n&rsquo;existe pas. La page a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 votre localisation approximative (r\u00e9gion parisienne), et a pioch\u00e9 au hasard un pr\u00e9nom et une commune dans des tables pour vous faire croire qu&rsquo;il faut que vous vous d\u00e9cidiez vite \u2013 en d&rsquo;autres termes, vous orienter vers un choix d&rsquo;impulsion plut\u00f4t que r\u00e9fl\u00e9chi.<\/p>\n<p>L&rsquo;actualit\u00e9 l\u00e9gislative est intense pour interdire ce type de pratiques. Certains \u00c9tats am\u00e9ricains sont en avance dans ce domaine. La Californie par exemple a mis en place un principe de sym\u00e9trie\u00a0: il doit \u00eatre aussi simple d&rsquo;arr\u00eater un abonnement ou un service que d&rsquo;y souscrire. D&rsquo;autres options sont \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude, comme l&rsquo;envoi obligatoire d&rsquo;un rappel avant le renouvellement automatique d&rsquo;un abonnement, avec un lien direct vers une proc\u00e9dure simple de d\u00e9sabonnement. En Europe, le <em>Digital Services Act<\/em> contient d\u00e9j\u00e0 un certain nombre de dispositions dans cette direction. Si nous sommes pour l&rsquo;instant \u00e0 un niveau tr\u00e8s technique, il faut s&rsquo;attendre \u00e0 ce que cela engage dans les ann\u00e9es \u00e0 venir un large d\u00e9bat sur ce qu&rsquo;il est l\u00e9gitime de faire ou non dans une relation commerciale num\u00e9rique \u2013 avec de possibles r\u00e9troactions sur le monde physique\u00a0: si le commer\u00e7ant en ligne doit pouvoir prouver que Julie existe vraiment, pourquoi ne pas imposer la m\u00eame obligation \u00e0 Vincent lorsqu&rsquo;il nous dit qu&rsquo;il y a d&rsquo;autres acheteurs int\u00e9ress\u00e9s par l&rsquo;appartement\u00a0?<\/p>\n<h4>Construire depuis le d\u00e9part pour les humains<\/h4>\n<p>\u00c0 un niveau d&rsquo;abstraction plus \u00e9lev\u00e9, une r\u00e9orientation de l&rsquo;action publique vers l&rsquo;humain implique un changement dans la mani\u00e8re de la mener, mais aussi de la concevoir en amont. L&rsquo;accompagnement des jeunes en est un exemple\u00a0: on ne con\u00e7oit une bonne strat\u00e9gie d&rsquo;accompagnement que sur la base d&rsquo;une connaissance fine de la situation des personnes accompagn\u00e9es, avec une implication directe \u00e0 la fois de ces personnes et d&rsquo;\u00e9quipes de recherche \u00e0 plusieurs disciplines. Cette bascule vers une politique publique fond\u00e9e sur l&rsquo;exp\u00e9rimentation, la preuve scientifique et la collaboration est culturellement difficile en France, o\u00f9 nous partons souvent d&rsquo;une id\u00e9e impuls\u00e9e par un Chef, qui n&rsquo;a pas \u00e0 justifier ses choix ou les options prises (et dont les effets restent rarement \u00e9valu\u00e9s, ce qui lui permet de ne pas avoir \u00e0 en porter la responsabilit\u00e9).<\/p>\n<p>Cela implique aussi, comme nous le montre l&rsquo;exemple de P\u00f4le Emploi, de nous engager dans la formations aux sciences humaines d&rsquo;une cat\u00e9gorie beaucoup plus large d&rsquo;agents publics. Il n&rsquo;est pas aujourd&rsquo;hui compr\u00e9hensible que des personnes en charge de l&rsquo;orientation ou l&rsquo;accompagnement d&rsquo;un public de disposent pas d&rsquo;une formation qui leur permettrait de conna\u00eetre les sp\u00e9cificit\u00e9s de l&rsquo;environnement social et du fonctionnement psychologique et social de leur public.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des progr\u00e8s en la mati\u00e8re, la formation des enseignant.e.s en France reste ainsi domin\u00e9e par le disciplinaire. La psychologie des enfants et des adolescents, la compr\u00e9hension des voies d&rsquo;acquisition de connaissances et de comp\u00e9tences restent la portion congrue de la formation, avec, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres profession, un d\u00e9calage entre les fili\u00e8res de formation et les espaces de recherche en la mati\u00e8re. Et qui re\u00e7oit une pr\u00e9paration solide \u00e0 l&rsquo;environnement socio-\u00e9conomique de son \u00e9tablissement avant sa prise de poste\u00a0?<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Le programme est donc vaste, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;agir tant dans la conception que dans la conduite de l&rsquo;action publique, au travers en particulier de vastes programmes de recherche, d&rsquo;exp\u00e9rimentation et de formation. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l&rsquo;objectif reste l&rsquo;humain, l&rsquo;impact de l&rsquo;action publique sur les vies des personnes. Il ne s&rsquo;agit certes pas de transformer tous les agents publics en sp\u00e9cialistes des sciences cognitives, mais d&rsquo;agir, \u00e0 toutes les \u00e9chelles, avec un mod\u00e8le, plus riche, plus adapt\u00e9, plus contextuellement inform\u00e9 du comportement humain. Les approches pour cela cela sont multiples, et les sciences cognitives ne sont qu&rsquo;une partie de la bo\u00eete \u00e0 outils\u00a0: l&rsquo;ensemble des sciences humaines ont leur r\u00f4le \u00e0 jouer. Je pense naturellement \u00e0 la sociologie, l&rsquo;anthropologie ou l&rsquo;histoire, mais aussi par exemple \u00e0 la litt\u00e9rature, qui exprime des repr\u00e9sentations, des affects, des \u00e9tats subjectifs uniques, qui met le doigt sur des questions ou des aspects qui sont tellement loin de mon exp\u00e9rience personnelle que je n&rsquo;aurais jamais pens\u00e9 \u00e0 y pr\u00eater attention. Le th\u00e8me de la coiffure dans <em>Americanah<\/em> de Chimamanda Ngozi Adichie en fournit un bon exemple. Rendre l&rsquo;action publique plus humaine, c&rsquo;est aussi remettre en valeur notre sens individuel de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai donn\u00e9 le 10 mai 2022 une conf\u00e9rence pour le mouvement Utopia, sur la base du livre que j&rsquo;ai \u00e9crit avec Coralie. La vid\u00e9o sera prochainement en ligne, et voici le texte de ma conf\u00e9rence. Il s&rsquo;agit simplement du texte\u00a0: je n&rsquo;ai pas pris le temps d&rsquo;y ins\u00e9rer les liens et r\u00e9f\u00e9rences\u00a0: ces derni\u00e8res figurent dans l&rsquo;ouvrage lui-m\u00eame.  <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[41],"tags":[35],"class_list":["post-364","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences-comportementales","tag-sciences-comportementales"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2mMdm-5S","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/364","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=364"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/364\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":368,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/364\/revisions\/368"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=364"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=364"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=364"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}