{"id":24,"date":"2002-06-10T21:32:47","date_gmt":"2002-06-10T20:32:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=24"},"modified":"2012-03-07T21:35:47","modified_gmt":"2012-03-07T20:35:47","slug":"les-arts-martiaux-a-lere-industrielle-itineraire-dun-expert-en-combat-a-lere-meiji","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=24","title":{"rendered":"Les arts martiaux \u00e0 l&rsquo;\u00e8re industrielle : Itin\u00e9raire d&rsquo;un expert en combat \u00e0 l&rsquo;\u00e8re Meiji"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons laiss\u00e9 \u00e0 la fin de la section pr\u00e9c\u00e9dente le Japon dans un \u00e9tat transitoire, marqu\u00e9 par des mouvements contradictoire. Il faut maintenant entrer un peu plus dans l&rsquo;intimit\u00e9 du pays, et voir comment de l&rsquo;int\u00e9rieur vue v\u00e9cue cette \u00e9poque, domin\u00e9e par l&rsquo;affirmation de plus en plus forte du nationalisme japonais.<\/p>\n<h2>Les trois rencontres du Japon de l&rsquo;\u00e8re Meiji<\/h2>\n<p>L&rsquo;ouverture du Japon \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger est marqu\u00e9e par une triple rencontre. Le Japon de cette \u00e9poque rencontre en effet \u00e0 la fois des id\u00e9es venues de l&rsquo;\u00e9tranger et sa propre identit\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;affirmer contre le risque de colonialisme culturel. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;image du Japon de son \u00e9poque, O&rsquo;Sensei rencontra tour \u00e0 tour les id\u00e9es nouvelles, le Japon m\u00e9di\u00e9val et les nouveaux syncr\u00e9tismes. Je vais m&rsquo;attacher \u00e0 montrer comment ces rencontres ont catalys\u00e9 la r\u00e9flexion qui conduira Morihei Ueshiba \u00e0 la mise au point de l&rsquo;A\u00efkido.<\/p>\n<p>Mais d&rsquo;abord, il faut en \u00e9voquer le substrat. En naissant \u00e0 Tanabe en 1883, Morihei Ueshiba venait au monde proximit\u00e9 imm\u00e9diate d&rsquo;un coeur spirituel du Japon. Les montagnes de Kumano, qui dominent Tanebe, constituent en effet un lieu sacr\u00e9 majeur pour le Shinto, le bouddhisme amidiste, le bouddhisme tantrique et le tao\u00efsme. Autant dire que Morihei (je reprends ici l&rsquo;usage japonais, qui est de d\u00e9signer les personnages dont on retrace le parcours par leur pr\u00e9nom) grandit dans une ambiance impr\u00e9gn\u00e9e de mysticisme et d&rsquo;une pr\u00e9sence tangible du sacr\u00e9. Je souligne ce point, car il resta toute sa vie fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage de cette spiritualit\u00e9, fond\u00e9e sur une vision de l&rsquo;univers comme le jeu de forces \u00e9l\u00e9mentaires au service d&rsquo;un \u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral. Cette vision proc\u00e8de de la triple influence des trois \u00e9l\u00e9ments religieux pr\u00e9sents autour des monts Kumano, et est pr\u00e9sente dans les \u00e9crits de Morihei, bien plus que l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du zen, qui n&rsquo;a eu qu&rsquo;une influence indirecte sur la formation de la philisophie de l&rsquo;A\u00efkido. Il me semble qu&rsquo;on ignore trop souvent ce clivage originel qui pourtant est au coeur du recul que prit Morihei par rapport aux arts martiaux de son \u00e9poque, et qui lui permit de dire que l&rsquo;A\u00efkido \u00e9tait fondamentalement diff\u00e9rent des arts martiaux anciens.<\/p>\n<h3>La modernit\u00e9: l&rsquo;arm\u00e9e et Kumaguse Minakata<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re rencontre significative est sans doute celle de la modernit\u00e9. Sans doute pour compenser le fait d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 un enfant assez ch\u00e9tif, Morihei avait prit le go\u00fbt du d\u00e9fi, et soumis sont corps \u00e0 toutes sortes d&rsquo;exercices qui faisaient de lui un jeune homme robuste et volontaire. On comprend que quand il fut appel\u00e9 sous les drapeaux en 1903, le Japon menant une guerre en Cor\u00e9e, il s&rsquo;engage avec enthousiasme. Enthousiasme dont se m\u00e9fiait d&rsquo;ailleurs son p\u00e8re, qui s&rsquo;arrangea pour qu&rsquo;il fut affect\u00e9 loin du front. N\u00e9anmoins, une double rencontre se produisit.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord, avec la guerre. Il eut le spectacle du d\u00e9sordre et de la d\u00e9liquescence morale des r\u00e9gions en guerre, ce qui frappa son esprit impr\u00e9gn\u00e9 des id\u00e9es de puret\u00e9 spirituelle qui dominent la r\u00e9gion des Kumano. Il eut surtout vent de la guerre moderne. C&rsquo;est en effet \u00e0 cette occasion, puis lors de la guerre avec la Russes (1905) que fut mis au point le syst\u00e8me des tranch\u00e9es, avec barbel\u00e9s et mitrailleuses, dont l&rsquo;Europe devait voir toute l&rsquo;horreur neuf ans plus tard. La tactique japonaise consistant \u00e0 charger par vagues, on peut imaginer que ce spectacle de troupe fauch\u00e9es acheva de lui faire r\u00e9pudier l&rsquo;id\u00e9e de la guerre. Sans faire de d\u00e9terminisme sauvage, on peut voir l\u00e0 une des origines de sa r\u00e9flexion sur la nature du guerrier, r\u00e9flexion qui l&rsquo;\u00e9loigna pour un temps de la vague de nationalisme qui balayait un Japon euphorique de sa victoire sur les Russes, r\u00e9put\u00e9s invincibles.<\/p>\n<p>La seconde rencontre fut au contraire un contact avec la tradition guerri\u00e8re propre au Japon. C&rsquo;est durant son service militaire qu&rsquo;il commen\u00e7a vraiemnt un apprentissage syst\u00e9matique des arts martiaux, en particulier du sabre. Il avait ainsi sous les yeux l&rsquo;opposition entre deux \u00e9poques, et deux visions de la guerre, l&rsquo;une domin\u00e9e par le guerrier, et l&rsquo;autre par le soldat. Or, \u00e0 ce moment pr\u00e9cis se produisait au Japon une dangereuse confusion, qui tendait \u00e0 assimiler les deux termes.<\/p>\n<p>On voit d\u00e9j\u00e0 appara\u00eetre ce qui est une constante de l&rsquo;histoire de Morihei: sa vie croise l&rsquo;histoire du Japon bien plus qu&rsquo;elle ne la suit lin\u00e9airement. C&rsquo;est \u00e0 nouveau ce qui va se produire lorsqu&rsquo;il rencontre Kumaguse Minakata. Cet homme avait v\u00e9cu seize ans en Europe, et en \u00e9tait revenu avec des id\u00e9es consid\u00e9r\u00e9es comme lib\u00e9rales. C&rsquo;est cependant dans son action de pr\u00e9servation de la r\u00e9gion de Tanabe contre une industrialisation anarchique qu&rsquo;il rencontra Morihei, \u00e0 qui il transmit surtout l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une compatibilit\u00e9 entre les pens\u00e9es occidentale et japonaise.<\/p>\n<h3>La Tradition: Sokaku Takeda<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s divers essais de m\u00e9tier, Morihei prit la t\u00eate d&rsquo;un groupe de familles qui allait fonder une colonie pionni\u00e8re \u00e0 Hokkaido. Ce genre d&rsquo;entreprise n&rsquo;\u00e9tait pas rare, et les nouvelles terres attiraient, le Japon se d\u00e9couvrant une soif nouvelle d&rsquo;expansion. C&rsquo;est dans cette \u00eele que Morihei rencontra un homme tout droit venu du Japon m\u00e9di\u00e9val, Sokaku Takeda. N\u00e9 et \u00e9lev\u00e9 en Aizu, dernier fief \u00e0 ce rendre lors de la chute du Bakufu, il \u00e9tait un v\u00e9ritable guerrier des temps anciens. Entra\u00een\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;enfance, allant de d\u00e9fit en d\u00e9fit, laissant derri\u00e8re lui morts, bless\u00e9s et haines solides. Il avait dans ces cobats forg\u00e9 sa propre technique, le Daito-ryu, art \u00e0 mains nues proc\u00e9dant largement du jujutsu. Morihei se prit d&rsquo;enthousiasme pour le personnage, et fut un temps son disciple. On peut penser que c&rsquo;est aupr\u00e8s de lui qu&rsquo;il appr\u00eet vraiment un certain nombre de techniques du jujutsu. On peut \u00e9galement penser que c&rsquo;est l\u00e0 aussi qu&rsquo;il vit les dangers d&rsquo;une pratique martiale sans frein. Sakaku \u00e9tait en effet obs\u00e9d\u00e9 par la crainte de ceux qui voulaient venger la mort d&rsquo;un fr\u00e8re ou d&rsquo;un ami, et ses pr\u00e9cautions confinant \u00e0 la parano\u00efa faisaient de lui un homme violent et dangereux.<\/p>\n<p>Cette fois encore, cette rencontre est double. D&rsquo;une part, Sokaku constitue un lien entre la gen\u00e8se de l&rsquo;A\u00efkido et les techniques martiales ancestrales. Mais de l&rsquo;autre, elle eut sans doute un effet de repoussoir, forte incitation \u00e0 fonder la pratique des arts martiaux sur autre chose que la pure prouesse. Ce qui n&rsquo;allait pas de soi dans un pays gris\u00e9 par ses victoires militaires.<\/p>\n<h3>L&rsquo;Omoto-kyo et Onisaburo Deguchi<\/h3>\n<p>Troisi\u00e8me rencontre, apr\u00e8s l&rsquo;avenir et le pass\u00e9, dirait-on. C&rsquo;est une rencontre avec le pr\u00e9sent de Morihei, pr\u00e9sent non seulement du Japon mais aussi de l&rsquo;Asie en g\u00e9n\u00e9ral, o\u00f9 commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;\u00e9laborer des synth\u00e8ses entre les pens\u00e9es traditionnelles et les id\u00e9es venue de l&rsquo;Occident (citons Gandhi et Sun Yat-sen comme exemples extr\u00e8mes). Artiste g\u00e9nial, personnalit\u00e9 charismatiques et extravagante, gourou de l&rsquo;Omoto-kyo, Onisaburo Deguchi est indiscutablement de ceux-l\u00e0.<\/p>\n<p>Morihei en entendit parler et rejoignit la secte au moment de son apog\u00e9e, les ann\u00e9es 1919-1921. Cette p\u00e9riode \u00e9tait aussi un temps de crise personnelle pour lui, car il venait de perdre son p\u00e8re. Certains biographes insistent sur le fait que la rencontre avec Onisaburo a probablement fait prendre conscience \u00e0 Morihei d&rsquo;un certain vide spirituel de la pratique telle que lui avait enseign\u00e9 Sokaku. Je ne suis pas s\u00fbr que ce soit aussi net que cela: Morihei n&rsquo;avait jamais r\u00e9pudi\u00e9 son all\u00e9geance au bouddhisme Shingon. Ce qui est s\u00fbr, c&rsquo;est qu&rsquo;il \u00e9tait fascin\u00e9 par l&rsquo;extravagant Onisaburo. Si les dons divers attribu\u00e9s \u00e0 ce dernier sont sujets \u00e0 caution, il est s\u00fbr que son charisme et ses proph\u00e9ties mill\u00e9naristes, insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 du retour \u00e0 un ordre plus calme, plus tourn\u00e9 vers la terre (une constante des utopies naissant dans les premiers temps de l&rsquo;industrialisation d&rsquo;un pays) avaient un \u00e9cho certain.<br \/>\nN\u00e9anmoins, il semble que la principal apport de cette p\u00e9riode ait \u00e9t\u00e9 de fournir un peu de stabilit\u00e9 \u00e0 Morihei. Ai sein de la secte, il se consacrait \u00e0 la fois \u00e0 l&rsquo;agriculture, \u00e0 son propre entra\u00eenement, et surtout \u00e0 son premier dojo, l&rsquo;acad\u00e9mie Ueshiba, destin\u00e9e \u00e0 former les pompiers, puis les milices de la secte. Il est int\u00e9ressant de noter qu&rsquo;il entra\u00eenait les femmes aussi bien que les hommes, conform\u00e9ment aux principes de la secte, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas courant dans le monde des arts martiaux de l&rsquo;\u00e9poque. L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement le plus marquant de cette p\u00e9riode, du point de vue de la formation de l&rsquo;a\u00efkido, est probablement la rupture d\u00e9finitive intervenue avec Sokaku. C&rsquo;est ainsi que la rencontre avec l&rsquo;Omoto-kyo fut sans doute un catalyseur, car elle permit \u00e0 Morihei, lib\u00e9r\u00e9 de la charge d&rsquo;une communaut\u00e9, de se consacrer en priorit\u00e9 aux arts martiaux. C&rsquo;est surtout par l\u00e0 qu&rsquo;il se trouva entra\u00een\u00e9 dans l&rsquo;aventure mandchoue, point d&rsquo;inflexion de son itin\u00e9raire.<\/p>\n<h2>L&rsquo;aventure mandchoue<\/h2>\n<p>Avec l&rsquo;Omoto-kyo, Morihei s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 pris dans une agitation g\u00e9n\u00e9rale du pays. D&rsquo;ailleurs, en tant qu&rsquo;agitateur, Onisaburo commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre trouv\u00e9 encombrant, et certains de se demander si on ne pourrait pas mettre ses talents au service de l&rsquo;expansion japonaise hors de l&rsquo;archipel. Ainsi naquit l&rsquo;aventure mandchoue. Dans l&rsquo;esprit de ses concepteurs, il s&rsquo;agissait de l&rsquo;utiliser pour gagner les populations mongoles de la mandchourie, cr\u00e9dules et superstitieuses. Onisaburo, qui se voyait bien en messie cosmique, inventa pour l&rsquo;occasion le bouddhisme Omoto, et partit avec quelques compagnons. Le r\u00e9cit circonstanci\u00e9 de cet \u00e9pisode importe sans doute peu. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs plus par ses vides que cette \u00e9poque est fondamentale. Le premier vide est celui des blessure: malgr\u00e9 de nombreux \u00e9changes de coups de feu avec l&rsquo;arm\u00e9e chinoise ou des brigands, Morihei, en premi\u00e8re ligne, semble ne jamais avoit \u00e9t\u00e9 bless\u00e9. il dit plus tard qu&rsquo;il arrivait alors \u00e0 anticiper le trajet des balles. Ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;il se trouvait sans cesse pris dans des situations dangereuse, ce qui l&rsquo;obligea probablement \u00e0 appliquer pour sauver sa vie tous les principes qu&rsquo;il avait appris. Le second vide est celui des rencontres. On sait qu&rsquo;en atant de garde du corps d&rsquo;Onisaburo, il corrigea quelques brutes. Mais aucune mention n&rsquo;est faite de ses affrontements avec les pugilistes chinois, bien qu&rsquo;on sache qu&rsquo;il en a affront\u00e9s. Dans ce vide d&rsquo;information r\u00e9side \u00e0 mon avis quelque chose d&rsquo;extr\u00eament important dans la formation de l&rsquo;A\u00efkido. Morihei rencontrait en effet des formes martiales tr\u00e8s circulaires, mettant en jeu des gammes de mobilit\u00e9 bien plus importantes que ce qu&rsquo;il avait pu apprendre au Japon. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9galement un contact avec des arts martiaux fond\u00e9s dans le Tao\u00efsme. Plusieurs experts ont remarqu\u00e9 qu&rsquo;\u00e0\u00e0 la diff\u00e9rence des formes les plus courantes de combat \u00e0 mains nues au Japon, tr\u00e8s lin\u00e9aires, l&rsquo;A\u00efkido par ses formes circulaires pr\u00e9sentait des similarit\u00e9s frappantes avec la boxe chinoise traditionnelle, autrement dit un art h\u00e9rit\u00e9 des techniques de Shaolin. Seulement, admettre une admiration pour un \u00e9l\u00e9ment du la Chine contemporaine, pire, justifier un emprunt, \u00e9tait impensable dans un japon p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de sa sup\u00e9riorit\u00e9 en Asie. cela explique l&rsquo;absence de rapports ext\u00e9rieurs. Cependant, cela n&rsquo;explique pas le silence de Morihei sur ce point, alors qu&rsquo;il semblait aimer \u00e0 rapporter des anecdotes sur son parcours. Cette conjonction me fait dire que ces rencontres remirent en cause la conception que Morihei avait du combat, et commenc\u00e8rent l&rsquo;\u00e9volution vers la circularit\u00e9 des mouvements qui caract\u00e9rise l&rsquo;A\u00efkido.<br \/>\nCommenc\u00e9e en fanfare, cette exp\u00e9dition s&rsquo;acheva dans le fiasco le plus complet, Onisaburo et les siens manquant de peu de se faire fusiller. Il ne se d\u00e9monta pas pour autant. Morihei, lui, revenait plus affect\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience. Il est probable qu&rsquo;elle elle contribua, en association avec les principes de non-violence de l&rsquo;Omoto-kyo, \u00e0 le d\u00e9go\u00fbter du nationalisme, et de la guerre, dont il avait ce coup-ci vu les ravages directement. Mais surtout, elle fut le lieu d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;exp\u00e9riences mystiques (fut un temps o\u00f9 on parlait \u00abd&rsquo;\u00e9tats modifi\u00e9s de conscience\u00bb) lors de p\u00e9riodes de je\u00fbne, qui eurent pour principal effet une profonde insatisfaction \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de sa pratique des arts martiaux, jusque-l\u00e0 fond\u00e9s sur la force et la recherche de l&rsquo;efficacit\u00e9.<\/p>\n<h2>La marche \u00e0 la guerre et le chemin de la paix<\/h2>\n<h3>Avant la guerre<\/h3>\n<p>Alors que le Japon se pr\u00e9parait \u00e0 la guerre, cette recherche nouvelle amenait Morihei vers la paix. La p\u00e9riode commen\u00e7a pour lui par de long entra\u00eenements en solitaire, mais surtout culmina par une exp\u00e9rience qu&rsquo;il qualifiait d&rsquo;illumination, ou plut\u00f4t de satori. Apr\u00e8s un combat contre un officier arm\u00e9 d&rsquo;un sabre, qu&rsquo;il \u00e9tait parvenu \u00e0 ma\u00eetriser sans dommage, il eut l&rsquo;impression de se confondre avec l&rsquo;univers tout entier. Je tiens \u00e0 souligner qu&rsquo;au vocabulaire pr\u00e8s, le contenu de cette exp\u00e9rience est la m\u00eame chez la quasi-totalit\u00e9 des mystiques occidentaux met orientaux. Toujours est-il qu&rsquo;\u00e0pr\u00e8s cette exp\u00e9reince, son style \u00e9volua en direction d&rsquo;un assurance lors des combats qui lui valut d&rsquo;attirer l&rsquo;attention des autorit\u00e9s. Il fut par deux fois pri\u00e9 de venir enseigner son art dans la capitale, et le gouvernement lui versait un saliare cons\u00e9quent \u00e0 cet effet. Cela lui permit de se consacrer enti\u00e8rement \u00e0 la mise au point de nouvelle techniques, et ses disciples font \u00e9tat de sc\u00e9ances d&rsquo;entra\u00eenement improptue \u00e0 toute heure, tant il \u00e9tait impatient de leur montrer ses trouvailles. Outre son propre dojo, il entrainait alors une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;arts martiaux fond\u00e9e par l&rsquo;Omoto-kyo, les \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9cole navale et de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;espionnage. C&rsquo;est \u00e0 cette p\u00e9riode que Jigoro Kano, fondateur du judo, vint lui rendre visite et exprima son admiration pour le travail de Ueshiba. il semble \u00e9tabli qu&rsquo;il lui envoya certains de ses meilleurs \u00e9l\u00e8ves, ce qui est assez \u00e9tonnant de la part d&rsquo;un intellectuel cosmopolite, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du mystique Morihei. Il est assez int\u00e9ressant de voir que c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce moment-l\u00e0 que les diff\u00e9rentes biographies que j&rsquo;ai pu consult\u00e9 se r\u00e9fugient avec un bel ensemble dans le registre du purement factuel, comme s&rsquo;il ne devenait plus possible d&rsquo;appr\u00e9hender l&rsquo;\u00e9volution de Morihei. Je vais donc \u00e0 partir de maintenant devoir essayer de lire entre les lignes.<\/p>\n<p>Morihei disposait de protecteurs puissants, dont un certain nombre de ses \u00e9l\u00e8ves, qui le prot\u00e9g\u00e8rent quand l&rsquo;Omoto-kyo fut dissous, sa doctrine convenant peu \u00e0 un Japon de plus en plus clairement expansionniste. Toujours est-il que Morihei \u00e9tait l&rsquo;objet d&rsquo;une reconnaissance officille, au point d&rsquo;\u00eatre invit\u00e9 \u00e0 faire une d\u00e9montration au palais imp\u00e9rial. Il semble cependant que Morihei ne se soit pas beaucoup pr\u00e9occupp\u00e9 de la mont\u00e9e d&rsquo;un nationalisme de plus en plus virulent, bien qu&rsquo;il s&rsquo;inqui\u00e9t\u00e2t du fait que les militaires auxquels il enseignait \u00e9taient plus int\u00e9ress\u00e9s par la capacit\u00e9 de destruction de ses techniques qu&rsquo;au message de paix qu&rsquo;il tentait de leur transmettre par l&rsquo;a\u00efki-budo. Il consid\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 le budo comme un instrument de paix, et \u00e9tai \u00e0 cet \u00e9gard compl\u00e8tement \u00e0 contre-courant des id\u00e9es de cette \u00e9poque, au Japon et ailleurs (qu&rsquo;on pense \u00e0 la fi\u00e8vre nationaliste qui entoura le jeux olympiques de Berlin).<\/p>\n<h3>La guerre<\/h3>\n<p>J&rsquo;ai de plus en plus restreint ma perspective \u00e0 la vie du Fondateur lui-m\u00eame. C&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9chec de l&rsquo;exp\u00e9dition mandchoue, les facteurs personnels deviennent plus important que les facteurs historiques g\u00e9n\u00e9raux dans la constitution de l&rsquo;A\u00efkido. Cependant, ces derniers se retrouvent puissamment exprim\u00e9s dans le d\u00e9calage existant entre Morihei et nombre de ses \u00e9l\u00e8ves, avant la guerre et jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9part pour Iwama en 1942. En effet, Morihei parlai envers et contre tout de paix \u00e0 un public d&rsquo;hommes jeunes attir\u00e9s par l&rsquo;aspect martial et traditionnel des arts martiaux, et surtout par la r\u00e9putation d&rsquo;invincibilit\u00e9 de Morihei (je ne me ferai pas ici l&rsquo;\u00e9cho des innombrables anecdotes portant sur ces combats, le seul point pertinent \u00e9tant que plus l&rsquo;\u00e9poque avance, plus l&rsquo;accent est mis sur le fait que Morihei parvenait \u00e0 ma\u00eetriser ses adversaires sans que ceux-ci sachent comment).<\/p>\n<p>Il s&rsquo;inqui\u00e9tait plus de la mont\u00e9e de la violence aveugle dans les rangs de l&rsquo;arm\u00e9e, et de la fascination de celle-ci pour la guerre moderne, meurtri\u00e8re, alors qu&rsquo;il condamnait le meurtre, fut-il le r\u00e9sultat d&rsquo;un affrontement entre soldats de nations ennemies. Et effectivement, la guerre tourna rapidement au carnage, ce qui l&rsquo;affecta au point qu&rsquo;en 1942, il d\u00e9missionna de toutes ses fonctions, et se rendit sur un domaine qu&rsquo;il avait achet\u00e9 \u00e0 Iwama. Il fut tr\u00e8s malade \u00e0 cette \u00e9poque. John Stevens reprend l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il ressentait profond\u00e9ment les souffrances du pays tout entier. je souscris \u00e0 cette explication, mais je voudrais \u00e9galement souligner la d\u00e9faite personnelle et le chagrin qui durent l&rsquo;affecter. D\u00e9faite personnelle car tout son art tourn\u00e9 vers la paix, la reconnaissance dont il disposait n&rsquo;avaient pu emp\u00eacher cette guerre. Une tristesse profonde d\u00fbt aussi r\u00e9sulter du fait que parmi les officiers qui menaient cette guerre, et y mourraient, se trouvaient nombre de ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>\u00c0 Iwama, il se consacra \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un sanctuaire de l&rsquo;A\u00efki, et \u00e0 une nouvelle transformation de son art martial. De cette p\u00e9riode de remide en question, qui semble anticiper celle que conna\u00eetra le pays, \u00e9mergea l&rsquo;A\u00efkido proprement dit.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons laiss\u00e9 \u00e0 la fin de la section pr\u00e9c\u00e9dente le Japon dans un \u00e9tat transitoire, marqu\u00e9 par des mouvements contradictoire. Il faut maintenant entrer un peu plus dans l&rsquo;intimit\u00e9 du pays, et voir comment de l&rsquo;int\u00e9rieur vue v\u00e9cue cette \u00e9poque, domin\u00e9e par l&rsquo;affirmation de plus en plus forte du nationalisme japonais. 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