{"id":21,"date":"2002-02-20T22:33:44","date_gmt":"2002-02-20T21:33:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=21"},"modified":"2012-03-07T21:33:57","modified_gmt":"2012-03-07T20:33:57","slug":"chine-et-japon-le-conte-de-deux-empires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=21","title":{"rendered":"Chine et Japon Le conte de deux Empires"},"content":{"rendered":"<h2>Le Japon, la Chine et la Cor\u00e9e<\/h2>\n<p>Du fait de sa localisation d&rsquo;archipel du bout du monde, derni\u00e8re terre avant le Pacifique, l&rsquo;histoire culturelle du Japon est rythm\u00e9e par les importations d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments techniques et culturels venus du continent.<br \/>\nPlusieurs de ces importations peuvent \u00eatre assez bien dat\u00e9es, en particulier par l&rsquo;apparition dans les registres japonais de familles nobles d&rsquo;origine chinoise et cor\u00e9enne fuyant la chute de leurs domaines continentaux.<br \/>\nDeux p\u00e9riodes sont probablement cruciales: les VIIe et VIIIe si\u00e8cles, marqu\u00e9s par l&rsquo;\u00e9mergence de la famille Yamato hors des luttes de clan et par l&rsquo;envoi de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sur le continent, et la p\u00e9riode allant du IXe au XIIe si\u00e8cle, avec l&rsquo;affaiblissement de la fonction imp\u00e9riale, l&rsquo;introduction des moines combattants et le bouddhisme zen.<\/p>\n<p>Reprenons ces \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\nJusqu&rsquo;aux VIIe-VIIIe si\u00e8cles, le Japon \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9 par d&rsquo;incessantes guerres de clans. L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un clan dominant et d&rsquo;une figure centrale, l&#8217;empereur, appuy\u00e9 sur un syst\u00e8me administratif &#8211; et m\u00eame si celui-ci, import\u00e9 directement de la Chine des Tang, reste largement virtuel &#8211; modifie la donne et l&rsquo;ampleur des affrontements. De plus, ce point central (\u00e0 Nara, Kamakura puis Kyoto) fournit une destination oblig\u00e9e pour les familles nobles immigr\u00e9es et pour les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s allant ou revenant du continent. C&rsquo;est sans doute \u00e0 ce moment qu&rsquo;on \u00e9t\u00e9 introduit les stragt\u00e8ges chinois, dont on a vu l&rsquo;importance pour l&rsquo;id\u00e9e de victoire sans combat.<br \/>\nPour \u00eatre complet, il faudrait sans doute aussi souligner l&rsquo;importation de nouvelles techniques de cultures du riz qui, augmentant la productivit\u00e9, permit de soutenir durablement une population non agricole plus nombreuse.<br \/>\nLe cadre est alors en place pour l&rsquo;\u00e9mergence de la classe des samoura\u00efs. Originellement, les affrontements entre clans n&rsquo;impliquaient pas d\u00e9trangers aux familles en lutte. Avec un syst\u00e8me politique de dimensions plus larges et des combats plus importants, l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;\u00e9trangers devient n\u00e9cessaire. Or, une telle int\u00e9gration n&rsquo;est possible que s&rsquo;il existe une \u00e9thique qui permette d&rsquo;assurer la loyaut\u00e9 entre des personnes qui ne sont pas li\u00e9es par les liens traditionnels. Cela implique \u00e9galement le d\u00e9veloppement d&rsquo;une groupe de personnes sp\u00e9cialis\u00e9s dans le m\u00e9tier des armes, dot\u00e9 de fondements propres \u00e0 son activit\u00e9.<br \/>\nAux alentours de l&rsquo;an mil en effet, les administrateurs, fussent-ils militaires, \u00e9taient avant tout des lettr\u00e9s, conform\u00e9ment au syst\u00e8me d&rsquo;origine chinoise. Cependant, avec la mont\u00e9e de la violence cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;affaiblissement des Fujiwara (successeurs des Yamato), les valeurs guerri\u00e8res prirent de l&rsquo;importance, et le budo, de m\u00e9thode d&rsquo;administration pacifique, devint une \u00e9thique du guerrier. Un catalyseur culturel majeur de ce changement fut l&rsquo;introduction dans l&rsquo;archipel du bouddhisme zen.<\/p>\n<p>Celui-ci est le fait de deux moines japonais partis \u00e9tudier en Chine. Eisai (1141-1215) et Dogun (1200-1253) enseign\u00e8rent une version du zen fortement m\u00e2tin\u00e9e de n\u00e9o-confuciannisme. Ce m\u00e9lange d&rsquo;id\u00e9al du d\u00e9tachement et d&rsquo;id\u00e9alisme social fond\u00e9 sur lhonn\u00eatet\u00e9 et la loyaut\u00e9 arriva \u00e0 point nomm\u00e9 pour fonder une id\u00e9ologie propre aux samoura\u00efs. Le zen apportait le double b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une d\u00e9tente \u00e0 la fois physique et mentale, maintenant bien conneu comme une caract\u00e9ristique des arts martiaux. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;impermanence fondamentale dans le zen permettait la r\u00e9pudiation de la peur de la mort, d\u00e9tente mentale qui, associ\u00e9e \u00e0 la d\u00e9tente physique due \u00e0 la pratique de la m\u00e9ditation permettait aux combattants de maximiser leur efficacit\u00e9 sur des combats souvents tr\u00e8s courts. Par certains c\u00f4t\u00e9s, l&rsquo;id\u00e9al transcendental dont le zen est porteur fut peu \u00e0 peu oubli\u00e9, ou du moins rel\u00e9gu\u00e9 dans la sph\u00e8re des inaccessibles, et l&rsquo;attention se porta surtout sur les b\u00e9n\u00e9fices pratiques de la pratique des exercices zen. On peut voir cela dans le structure du\u00a0<em>Trait\u00e9 des cinq roues<\/em>, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment trnascendental n&rsquo;appara\u00eet que dans le dernier chapitre, admirable mais tr\u00e8s court. C&rsquo;est sans doute d&rsquo;ailleurs cette distorsion m\u00eame qui permit l&rsquo;int\u00e9gration dans une m\u00eame \u00e9thique des principes confuc\u00e9ens d&rsquo;organisation sociale et d&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 de forts principes hi\u00e9rarchiques dans ce qui devenait peu \u00e0 peu le bushido, la voie du guerrier.<\/p>\n<p>En miroir de cette \u00e9volution, les Minamoto d\u00e9font en 1182 les Fujiwara, pour installer un gouvernement militaire (bakufu) et prennent le titre de shogun, introduisant durablement le principe voulant que l&#8217;empereur r\u00e8gne, mais ne gouverne pas.<br \/>\nN\u00e9anmoins, si l&rsquo;\u00e9thique des arts martiaux commence \u00e0 \u00eatre en place, sans doute sur un mode beaucoup plus rigide que l&rsquo;id\u00e9al chinois, la transmission des technique se fait encore de p\u00e8re en fils, sans m\u00e9thode syst\u00e9matique, style ni \u00e9cole \u00e0 proprement parler, du moins d&rsquo;apr\u00e8s les documents de l&rsquo;\u00e9poque.<br \/>\nUne exception \u00e0 cela cependant, il existait un nombre croissant de monast\u00e8re poss\u00e9dant leurs propres troupes, r\u00e9guli\u00e8rement entra\u00een\u00e9es, et qui constituent une force politique et militaire \u00e0 part enti\u00e8re, au point de devenir des \u00e9l\u00e9ments aussi peu contr\u00f4lables que redout\u00e9s par le pouvoir central.<\/p>\n<h2>L&rsquo;apparition des \u00e9coles de sabre<\/h2>\n<h3>Les premi\u00e8res \u00e9coles<\/h3>\n<p>Ce fut probablement sur le mod\u00e8le des \u00e9coles de combat des monast\u00e8res que se cr\u00e9\u00e8rent les premi\u00e8res \u00e9coles d&rsquo;arts martiaux des samoura\u00efs. La guerre civile d&rsquo;onin, qui commence en 1467, voit en effet l&rsquo;\u00e9largissement de la base de recrutement des troupes aux paysans, \u00e0 l&rsquo;intention desquels il fallut mettre au point des m\u00e9thodes syst\u00e9matiques d&rsquo;entra\u00eenement et de formation \u00e9thique, donnant ainsi naissance aux premi\u00e8res \u00e9coles de sabre, et aux distinctions entre principes \u00e0 enseigner \u00e0 tous et techniques r\u00e9serv\u00e9es aux samoura\u00efs. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on assista \u00e0 la fondation des plus anciennes \u00e9coles de sabre connues, comme le katori shintoryu (1447), et les multiples styles de Me Aizu Ikasai Hishidata, kagueryu, shinkgeryu, jikishinkageryu, yagyuryu (le suffixe <em>-ryu<\/em>\u00a0signifie <em>\u00e9cole)<\/em>.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat de guerre civile reste end\u00e9mique jusqu&rsquo;au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle. C&rsquo;est alors l&rsquo;heure de gloire des \u00e9coles de sabre et des combats entre \u00e9coles. L&rsquo;apog\u00e9e de la violence est atteinte lors des vates combats qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unification du Japon, culminant \u00e0 la bataille de Sekigahara, en 1600.<\/p>\n<h3>Miyamoto Musashi et le<em>\u00a0Trait\u00e9 des cinq roues<\/em><\/h3>\n<p>Bien que post\u00e9rieur, r\u00e9dig\u00e9 en 1645, le\u00a0<em>Trait\u00e9 des cinq roues<\/em>\u00a0constitue probablement une bonne image des arts martiaux d&rsquo;avant et des premiers temps de l&rsquo;unification. D\u00e8s le titre, le double h\u00e9ritage du tao\u00efsme et du bouddhisme est manifeste. Les cinq roues renvoient \u00e0 la hi\u00e9rarchie des cinq \u00e9l\u00e9ments qui permettent de s&rsquo;\u00e9lever vers le Tao: Terre, Eau, Feu, Vent Vide. Ce sont les cinq chapitres de l&rsquo;ouvrage. La roue est d&rsquo;autre part un symbole bouddhiste de la pr\u00e9dication. Dans les premier et dernier chapitre, les choses se pr\u00e9cisent. En comparant le samoura\u00ef \u00e0 un ma\u00eetre-charpentier commandant une \u00e9quipe d&rsquo;ouvriers, Musashi renvoie \u00e0 une conception confuc\u00e9enne, alors en plein renouveau, de la soci\u00e9t\u00e9, assignant \u00e0 chacun une t\u00e2che correspondant \u00e0 ses qualit\u00e9s et \u00e0 son \u00e9tat. Quand \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al de \u00abVide\u00bb du dernier chapitre, il refl\u00e8te une compr\u00e9hension profonde du zen.<\/p>\n<p>Cependant, lorsqu&rsquo;on entre dans le corps de l&rsquo;ouvrage, cet id\u00e9al semble dispara\u00eetre. Ce qui a frapp\u00e9 les contemporains, c&rsquo;est l&rsquo;absence de cr\u00e9dit que Masashi accorde aux pratiques symboliques du shinto. Comme chez Sun Tsu, si on combat avec le soleil dans le dos, c&rsquo;est pour \u00e9blouir l&rsquo;adversaire, et pas pour s&rsquo;approprier l&rsquo;energie de la divinit\u00e9 solaire. Pas de magie, donc. Pas ou peu de transcendance \u00e9galement. Le calme de l&rsquo;esprit que recommande Musashi a pour le coup peu \u00e0 voir avec le d\u00e9tachement zen. Il s&rsquo;agit de mettre toutes les ressources de la personne au service d&rsquo;une id\u00e9e unique, obtenir la victoire, expression qui se confond avec \u00abpourfendre l&rsquo;aversaire\u00bb. M\u00eame l&rsquo;id\u00e9al de victoire snas combat n&rsquo;a pas sa place. Seule prime l&rsquo;efficacit\u00e9 dans la confrontation. Attaquer directement l&rsquo;agressivit\u00e9 de l&rsquo;adversaire n&rsquo;est qu&rsquo;un moyen au service de la fin qui est de le pourfendre. Dans tous ces conseils, fruits d&rsquo;ann\u00e9es de combats, c&rsquo;est ainsi toujours l&rsquo;efficacit\u00e9 qui prime.<\/p>\n<p>Dans la perspective des arts martiaux modernes, cette tension entre l&rsquo;id\u00e9al et la m\u00e9thode dans le\u00a0<em>Trait\u00e9 des cinq roues<\/em>\u00a0est fondamentale. Musashi ne th\u00e9matise absolument pas cette contradiction, qui appara\u00eet au lecteur moderne comme un koan insoluble. On peut d&rsquo;ailleurs se demander si Musashi lui-m\u00eame ressentait cette tension. Il est possible qu&rsquo;il ait estim\u00e9 qu&rsquo;elle ne se posait pas \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Or, dans les faits, elle se pose. Avec la pacification du pays, les combats de masse prennent fin. Si les duels et d\u00e9fis restent nombreux, l&rsquo;affrontement r\u00e9el peut d\u00e9sormais \u00eatre retard\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 un stade plus avanc\u00e9 de la formation, alors qu&rsquo;avant il fallait tout de suite savoir se battre. De plus, Tokugawa Ieyasu promulga des d\u00e9crets fixant l&rsquo;\u00e9thique du guerrier, et limitant les possibilit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e9der au statut de samoura\u00ef, cr\u00e9ant\u00a0<em>de facto<\/em>\u00a0une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres. Ces deux \u00e9l\u00e9ments eurent des r\u00e9percussions consid\u00e9rables sur la pratique des arts martiaux. D\u00e9j\u00e0, Musashi d\u00e9plore l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9coles qui se concentrent sur un aspect de la technique au d\u00e9triment de l&rsquo;efficacit\u00e9. Il faut replacer cela comme l&rsquo;amorce d&rsquo;une tendance \u00e0 la stylisation et \u00e0 la ritualisation du combat. Alors que les techniques de Musashi visent les points faibles de l&rsquo;armure japonaise, comme le visage, nombre de tecnhiques de kendo h\u00e9rit\u00e9es de cette \u00e9poque visent d\u00e9j\u00e0 le front ou les poignets, parfaitement prot\u00e9g\u00e9s par l&rsquo;armure traditionnelle. Cela montre que d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;efficcacit\u00e9 martiale c\u00e9dait le pas \u00e0 une volont\u00e9 de formation physique et morale qui devenait dominante.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi que si le\u00a0<em>Trait\u00e9 des cinq roues<\/em>\u00a0couronne une \u00e9poque, il en est aussi le chant du cygne. Il faudra attendre l&rsquo;\u00e8re trouble de la fin du bakufu pour que l&rsquo;efficacit\u00e9 retrouve sa primaut\u00e9. Un acteur, il faut le souligner, \u00e9tait entr\u00e9 dans le jeu de la guerre: le fusil, qui rendait le paysant aussi redoutable que le samoura\u00ef.<\/p>\n<h3>Les techniques du Poing Vide<\/h3>\n<p>Qu&rsquo;en \u00e9tait-il des techniques martiales sans armes, a priori associ\u00e9es aux paysans ? Dans une \u00e9poque aussi troubl\u00e9, on peut penser que les techniques utilisant comme armes les objets quotidiens, \u00e0 commencer par le long b\u00e2ton qui servait \u00e0 porter des charges sur l&rsquo;\u00e9paule, trouv\u00e8rent leur public. L&rsquo;exemple extr\u00e8me en sont les arts martiaux d&rsquo;Okinawa, anc\u00e8tres du karate-do et du kobudo. Alors que ces tecnhiques sont assez bien document\u00e9es, on a peu de renseignements sur l&rsquo;existence de techniques martiales populaires \u00e0 cette \u00e9poque. Il est probable que l&rsquo;apprentissage de ces tecnhiques \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux aspirants samoura\u00efs, qui ne repr\u00e9sentaient qu&rsquo;une faible part de la population. Et ce n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9thique confuc\u00e9ene d&rsquo;ordre social (\u00e0 chacun son r\u00f4le) qui allait favoriser la diffusion des arts martiaux.<\/p>\n<p>Ainsi, il semble que les techniques \u00e0 mains nues soient rest\u00e9es, en ce qui concerne les \u00eeles formant le coeur du Japon, l&rsquo;apanage des samoura\u00efs qui avaient eu la curiosit\u00e9 d&rsquo;aller apprendre les techniques des moines. On touche sans doute l\u00e0 \u00e0 l&rsquo;origine de la diff\u00e9rence manifeste existant entre les techniques du karate et celles du jujutsu. En particulier, les derni\u00e8res ne comprennent que peu de coups de pieds, et au contraire nombre de clefs et de luxations, aspect qui se retrouve aujourd&rsquo;hui dans les techniques d&rsquo;a\u00efkido. La raison en est simple: les coups de pieds, en particulier saut\u00e9s, du karate ont pour origine des techniques visant \u00e0 faire tomber des hommes \u00e0 cheval. Or, donner des coups de pied lorsqu&rsquo;on est \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un hakama et d&rsquo;une armure, m\u00eame l\u00e9g\u00e8re, est malcommode. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance des clefs et des luxations, qui permettent de d\u00e9sarmer efficacement un adversaire, en particulier dans les espaces \u00e9troits que sont les pi\u00e8ces japonaises.<\/p>\n<p>Par manque de documentation, je laisse cette partie de l&rsquo;historique en suspens. Je voudrais seulement souligner l&rsquo;existence et la persistance d&rsquo;\u00e9coles de jujutsu datant de cette \u00e9poque, et dont le Fondateur rencontra les derniers repr\u00e9sentants.<\/p>\n<h3>La chute du Bakufu<\/h3>\n<p>Mon propos n&rsquo;est pas ici de faire la longue et complexe histoire de la chute du Bakufu (gouvernement des shogun), mais de voir comment cette p\u00e9riode d&rsquo;intenses violences a pu influencer la pratique des arts martiaux, et qulles r\u00e9percussions elle a pu avoir sur la p\u00e9riode qui suit imm\u00e9diatement, qui est celle de la jeunesse de O&rsquo;Sensei.<\/p>\n<p>Faisons d&rsquo;abord un petit retour sur la longue p\u00e9riode de paix, troubl\u00e9e certes par des soul\u00e8vements sporadiques, qui va de 1600 \u00e0 1850. Durant cette p\u00e9riode, le samourai se fait plus administrateur que combattant, m\u00eame si son prestige reste li\u00e9 \u00e0 son statut de guerrier. Il manie donc plus le pinceau que le sabre, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;avec la stabilisation des fiefs, les nombre se samourais errants (ronin) diminue consid\u00e9rablement. De ce fait , les \u00e9coles de sabre tendirent, pour certains, \u00e0 d\u00e9velopper des formes plus stylis\u00e9es, et des styles dont le but premier n&rsquo;\u00e9tait plus l&rsquo;efficacit\u00e9 martiale imm\u00e9diate. N\u00e9anmoins, dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;entra\u00eenement se faisait ou bokken ou au sabre r\u00e9el, cet aspect gardait cependant son importance.<\/p>\n<p>Avec les premiers troubles et r\u00e9voltes contre le Bakufu, deux tendances \u00e9mergent. D&rsquo;une part, la prouesse purement martiale reprend une importance consid\u00e9rables. Les armes europ\u00e9ennes \u00e9taient en effet rares, m\u00eame dans les fiefs les mieux approvisionn\u00e9s (Satsuma), et nombre de combats se faisaient au sabre et \u00e0 la lance, en particulier dans les affrontement de faible importance num\u00e9rique. Il faut s&rsquo;imaginer un affrontement g\u00e9n\u00e9ral, o\u00f9 chaque groupe comprend des sous-groupes rivaux entre eux. De plus, un nombre important de gens du peuple tendent d&rsquo;apprendre le m\u00e9tier des armes, dans le but d&rsquo;acc\u00e9der au statut de samourai.<br \/>\nDans ce cadre, on constate, lisant entre les lignes des livres d&rsquo;histoire, l&rsquo;existence d&rsquo;hommes dot\u00e9s d&rsquo;une ma\u00eetrise du sabre consid\u00e9rable. Le folklore japonais a en particulier immortalis\u00e9 les capitaines du Shinsen-Gumi, la milice d&rsquo;\u00e9lite du Bakufu. Cependant, les sabres fabriqu\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque sont en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une qualit\u00e9 inf\u00e9rieure aux sabres anciens: les experts du Shinsen-Gumi \u00e9taient r\u00e9put\u00e9s se battre avec des lames forg\u00e9es par Kotetsu, au XVIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Que peut-on en tirer ? D&rsquo;une part, l&rsquo;existence d&rsquo;\u00e9coles d&rsquo;arts martiaux fortes, et de techniciens exp\u00e9riment\u00e9s, dont un certain nombre survivront aux troubles, mais d&rsquo;autre part une perte de vue des id\u00e9aux anciens, qui s&rsquo;effacent devant la n\u00e9cessit\u00e9 du moment.<br \/>\n\u00c0 plus long terme cependant, une cons\u00e9quence de cette p\u00e9riode est fondamentale: l&rsquo;abolition de la distinction des classes, qui enl\u00e8ve \u00e0 la pratique des arts martiaux un r\u00f4le de promotion sociale. La mesure symbolique en est l&rsquo;interdiction (1876) du port du sabre. De plus, les armes occidentales ont nettement rpouv\u00e9 leur sup\u00e9riorit\u00e9, comme les fusils portugais l&rsquo;avaient fait en 1600. D\u00e8s lors, la pratique des arts martiaux rel\u00e8vera de deux logiques seulement: soit comme manifestation \u00e0 une certaine tradition nationale, soit pour ses vertus prop\u00e9deutiques. L&rsquo;histoire qui me reste maintenant \u00e0 analyser est celle de la gloire, puis de la chute de la premi\u00e8re fonction, pour aboutir \u00e0 la situation actuelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Japon, la Chine et la Cor\u00e9e Du fait de sa localisation d&rsquo;archipel du bout du monde, derni\u00e8re terre avant le Pacifique, l&rsquo;histoire culturelle du Japon est rythm\u00e9e par les importations d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments techniques et culturels venus du continent. 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