{"id":11,"date":"2001-03-06T21:54:55","date_gmt":"2001-03-06T20:54:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=11"},"modified":"2012-03-06T21:57:06","modified_gmt":"2012-03-06T20:57:06","slug":"mangaka-mangakoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mathieuperona.fr\/?p=11","title":{"rendered":"Mangaka, mangakoi ?"},"content":{"rendered":"<p><strong>Las d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 de travers lorsque quelqu&rsquo;une de mes connaissances m&rsquo;aper\u00e7oit lisant une de ces BD noir et blanc\u00a0<em>made in Japan<\/em>, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre la plume pour d\u00e9fendre ce genre souvent conspu\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>On reproche souvent au manga d&rsquo;\u00eatre soit violent, soit pornographique, soit les deux. Je ne le nie pas, au contraire. Il existe de nombreux mangas violents et pornographiques, il en existe m\u00eame bien plus que ceux qui utilisent cet argument s&rsquo;imaginent. Je l&rsquo;ai appris de\u00a0<em>visu<\/em>\u00a0en visitant les librairies de Tokyo. Seulement, ce beaucoup repr\u00e9sente en fait une part, et une part seulement d&rsquo;une offre immense. L&rsquo;utilisation de cet argument r\u00e9v\u00e8le avant tout une mauvaise connaissance de l&rsquo;offre de mangas, m\u00eame si on ne consid\u00e8re que les traductions en fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Ce passage oblig\u00e9 trait\u00e9, venons-en aux critiques les plus fondamentales.<\/p>\n<p>Une premi\u00e8re cat\u00e9gorie de critique s&rsquo;en prend au style graphique du manga, r\u00e9put\u00e9 pauvre, et choisissant la facilit\u00e9 du noir et blanc pour faire accepter des personnages difformes. C&rsquo;est l\u00e0 ignorer que dans une culture o\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture est un dessin stylis\u00e9, le dessin est une \u00e9criture d\u00e9velopp\u00e9e. En d&rsquo;autres termes, le dessin de manga se veut un signe presque aussi transparent qu&rsquo;un caract\u00e8re. il doit donc pour cela \u00eatre lisible et compr\u00e9hensible d&rsquo;un coup d&rsquo;oeil, comme un mot dans un phrase. C&rsquo;est un fait au Japon, que le manga se lit vite, et se ressent d&rsquo;ailleurs plus qu&rsquo;il ne se lit. Cette volontaire \u00e9conomie de moyens oblige d&rsquo;ailleurs les mangakas (dessinateurs de mangas) \u00e0 travailler par touches tr\u00e8s subtiles, que l&rsquo;on enregistre sans les percevoir vraiment. Trois traits au coin de l&rsquo;oeil suffisent ainsi \u00e0 modifier l&rsquo;expression d&rsquo;un personnage. De m\u00eame, l&rsquo;absence de couleur incite \u00e0 produire des images pr\u00e9sentant un tr\u00e8s fort dynamisme, car les effets de mouvements se trouvent soulign\u00e9s.<\/p>\n<p>Un fait anecdotique explique d&rsquo;ailleurs cette importance accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;oeil. Le fondateur du manga moderne, Tetsuka (<em>Le roi L\u00e9o<\/em>,\u00a0<em>Astro<\/em>) nourrissait une admiration sans bornes pour Disney, et pour le Mickey des ann\u00e9es 1950, dont les yeux repr\u00e9sentaient la moiti\u00e9 de la figure. C&rsquo;est ainsi que s&rsquo;est perp\u00e9tu\u00e9 cette tradition des grands yeux, lieu essentiel de l&rsquo;expression d&rsquo;un personnage de manga. De m\u00eame, le choix de noir et blanc est parfaitement adapt\u00e9 au support traditionnel du manga, le papier de mauvaise qualit\u00e9 que l&rsquo;on jette apr\u00e8s lecture.<\/p>\n<p>Ces m\u00eames raisons expliquent aussi que la critique concernant le peu de dialogues est mal fond\u00e9e. Le dessin \u00e9tant aussi une \u00e9criture, les dialogues ne sont qu&rsquo;un support \u00e0 l&rsquo;action d\u00e9crite par le dessin, exprimant ce que celui-ci ne peut dire, parce que trop complexe ou au contraire trop trivial. Il faut comprendre les dialogues comme ces petits caract\u00e8res ajout\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des caract\u00e8res chinois rares dont ils indiquent la prononciation en Japonais. D&rsquo;ailleurs, les mangas de qualit\u00e9 font souvent, pour des raison de sc\u00e9nario, place \u00e0 des textes cons\u00e9quents, mais rares.<\/p>\n<p>Enfin, on attaque souvent la pauvret\u00e9 du sc\u00e9nario. Il existe certes des th\u00e8mes r\u00e9currents. Mais comment reprocher au seul peuple \u00e0 avoir subi une attaque atomique d&rsquo;\u00eatre hant\u00e9 par le th\u00e8me de l&rsquo;apocalypse. D&rsquo;ailleurs, la faute incombe aux soci\u00e9t\u00e9s de production fran\u00e7aises, qui ont fait dans les ann\u00e9es 1980 des choix tr\u00e8s discutables dans l&rsquo;offre qui se proposait \u00e0 eux. C&rsquo;est ainsi que personne n&rsquo;a cru \u00e0 cette \u00e9poque pouvoir distribuer Miyazaki, dont les oeuvres concurrencent aujourd&rsquo;hui celles des studios Disney.<\/p>\n<p>Depuis que j&rsquo;ai \u00e9crit ces lignes, bien des exemples ont montr\u00e9 combien cet argument \u00e9tait faux. Ne retenons qu&rsquo;un exemple, Tsukasa Hojo, qui dans\u00a0<cite>Family Compo<\/cite>\u00a0traite avec succ\u00e8s et humour le th\u00e8me difficile de l&rsquo;identit\u00e9 sexuelle. La production actuelle de manga, et la politique d&rsquo;importation, tend d&rsquo;ailleurs \u00e0 privil\u00e9gier un certain nombre de mangas \u00e0 th\u00e8me, reposant sur de v\u00e9ritables id\u00e9es-forces, et \u00e0 reconna\u00eetre enfin que le manga n&rsquo;est pas un march\u00e9 unique, et que le public de\u00a0<cite>Card captor Sakura<\/cite>\u00a0n&rsquo;est pas le m\u00eame que celui de\u00a0<cite>Monster<\/cite>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Las d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9 de travers lorsque quelqu&rsquo;une de mes connaissances m&rsquo;aper\u00e7oit lisant une de ces BD noir et blanc\u00a0made in Japan, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de prendre la plume pour d\u00e9fendre ce genre souvent conspu\u00e9. On reproche souvent au manga d&rsquo;\u00eatre soit violent, soit pornographique, soit les deux. Je ne le nie pas, au contraire. 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